RAPPORT POCHARD : UN SEUL AXE, LE NEOLIBERALISME A L’ŒUVRE DANS L’EDUCATION NATIONALE

L’URCF a déjà souligné que le programme fixé à Sarkozy par les monopoles, était de rattraper le retard pris par la France dans l’application des directives du sommet européen de Lisbonne (en 2000, ratifié par Chirac et Jospin). Sommet qui fixait à chaque Etat de l’UE, individuellement et collectivement,  l’objectif de « créer l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde ».

La « stratégie de croissance » définie à Lisbonne repose sur une refonte réactionnaire des systèmes éducatifs. Les objectifs assignés à l’école sont de favoriser des « savoirs » utiles, des « savoir-faire » (c'est-à-dire l’instruction des futurs travailleurs en fonction des seuls besoins du capital), des « savoir-être », (c'est-à-dire un comportement conforme aux exigences des entreprises), et « l’employabilité » par la capacité à intégrer l’adaptabilité et la flexibilité.

L’école se voit assigner la mission de développer « la formation des travailleurs aux nouvelles technologies afin de fournir la main d’œuvre la mieux adaptée ». Lisbonne a donc renforcé le néolibéralisme dans le domaine scolaire, en promouvant une conception utilitaire de l’enseignement, laissant très à l’arrière-plan la transmission d’une culture générale. Le savoir développe l’esprit critique, et en période de crise économique aiguë du capitalisme, la bourgeoisie craint, plus que tout,  l’arme que constitue l’instruction des classes laborieuses.

En France, actuellement, la politique menée par Darcos est dans le droit fil de ce sommet  de « dérégulation du marché du travail européen », de « réduction de la pression fiscale qui pèse sur le travail, notamment peu qualifié et faiblement rémunéré ».

En clair et débarrassé de sa gangue technocratique, cela signifie que le capital bénéficiera de cadeaux fiscaux s’il embauche des travailleurs principalement non qualifiés, donc il faut multiplier la précarité pour engranger les profits. D’où la réforme d’abandon des BEP au profit du bac pro en trois ans, mais surtout des CAP où les titulaires auront les rémunérations les plus basses ! D’où aussi, la mise en place du « socle commun de connaissances et de compétences » qui organise, pendant la scolarité obligatoire, le « tri sélectif » entre les futurs travailleurs, les uns répondant aux normes de haute performance recherchée par les monopoles, les autres rejoignant la masse des précaires sous-payés.

Le rapport Pochard

L’axe stratégique du rapport Pochard est de préparer les conditions matérielles et humaines  d’un fonctionnement de l’école publique selon les normes des entreprises privées. L’université est, de fait, en voie de privatisation, avec l’autonomie et la sponsorisation  après des années de réduction budgétaire, d’aggravation des conditions d’études faites aux étudiants, tant et si bien que, si la loi a été combattue par nombre d’étudiants et d’enseignants, certains, aux réflexes « plus corporatistes », ont vu le financement privé comme un moindre mal ! Cette privatisation obéit aux objectifs de classe du capital monopoliste et à ses besoins de profits. Le néolibéralisme, fondé sur la négation des droits sociaux, engendre une société capitaliste toujours plus ségrégative. L’école néolibérale est l’école de la ségrégation sociale renforcée tous azimuts.

Les pleins pouvoirs au chef d’établissement

La première voie, pour atteindre les objectifs fixés par Lisbonne, est de s’attaquer au statut de la fonction publique. La commission présidée par Pochard avance la proposition d’un « lien contractuel entre l’enseignant et son employeur ». Ainsi, le chef d’établissement devient « l’employeur » (c’est le cas dans l’enseignement privé) à qui l’enseignant sera lié par un « contrat » comme dans les entreprises privées. C’est le renforcement  des pouvoirs déjà très importants du chef d’établissement, l’introduction du processus conduisant, sur le modèle de la loi Pécresse, à  le transformer  en patron.

Les établissements seraient régis par l’autonomie « dans l’organisation des enseignements », ce qui constitue  une attaque générale contre le caractère national du service public, des programmes et des diplômes nationaux, qui  garantissent  l’égalité scolaire, même formelle.

Sur le modèle allemand où l’enseignement est régional, l’offensive contre le caractère national de l’éducation se précise avec la proposition de « concours nationaux à affectation académique ».

De plus, la « bivalence » vise à modifier en profondeur les conditions de travail des enseignants,  en les obligeant à enseigner deux disciplines au détriment de la qualité d’enseignement nécessaire, en les transformant en éducateurs polyvalents, pour mieux préparer les suppressions budgétaires de postes. Les concours actuels, d’ailleurs, sont critiqués pour «  donner une part trop importante à la qualification disciplinaire » et les enseignants sont stigmatisés pour « leur corporatisme disciplinaire ».

La notation des enseignants, profondément revue quant à ses critères, serait dépendante du chef d’établissement, l’inspecteur pédagogique ayant de fait un rôle subalterne.

Le chef d’établissement aurait, selon les vœux de la commission, la responsabilité du recrutement des équipes pédagogiques (comme dans le privé), base juridique de pressions continues sur les personnels !

Allongement de la durée du travail

La commission Pochard préconise l’annualisation des services des enseignants. Ce sont les besoins définis par le chef d’établissement qui régiraient l’emploi du temps des profs et personnels éducatifs. Il s’agit d’organiser les services non plus sur les cours, mais sur la présence dans l’établissement pour des activités autres, et de renforcer le dispositif contraignant les enseignants à remplacer leurs collègues malades. Le rapport Pochard parle d’ailleurs de la nécessité d’aller vers l’imposition de 4 à 8 heures de présence dans l’établissement « pour effectuer des activités »  autres que les cours et ce à la demande du chef d’établissement ! On voit par ailleurs ce que risquent de devenir les emplois de surveillants, de Conseillers d’éducation et d’orientation, ainsi remplacés par des enseignants « plus présents » dans l’établissement !

Le recours aux heures supplémentaires se généralise. Avec les heures supplémentaires, le gouvernement de Sarkozy-Fillon  veut diviser les enseignants, en faisant miroiter des heures supplémentaires financées en partie par des postes supprimés. Ainsi, le pouvoir veut casser la lutte générale pour l’emploi et les moyens financiers et humains, par l’individualisation des situations.

La commission évoque l’allongement du temps de travail de 4 heures de cours hebdomadaires pour les professeurs, qui serait rémunéré par deux mois de salaires supplémentaires sous forme de primes. Ce qui signifie très concrètement, que non seulement ces heures ne seront pas payées en heures supplémentaires (les deux mois correspondent exactement aux nombres d’heures effectués), mais en plus qu’elles ne seront pas comptabilisées dans le calcul des retraites…

Attaques contre les salaires et le pouvoir d’achat

 Cet allongement du temps de travail, dont une partie ne serait pas rémunérée, va accentuer la paupérisation dont sont aussi victimes les enseignants et les personnels éducatifs. En 20 ans, le pouvoir d’achat du corps éducatif a baissé de 20 % à 35 % après impôts, prélèvements, inflation.

De plus, le rapport Pochard est clair et cynique : « Pas d’augmentation générale des rémunérations.».

Le chef d’établissement, comme un patron du privé, aura le dernier mot pour la rémunération qui est dépendante de l’avancement d’échelon. Sarkozy, sur le modèle anglo-saxon, est favorable à la « notation au mérite », à l’individualisation du salaire. Le chef d’établissement, qui aura le dernier mot  dans la notation,  devra conditionner l’avancement « au mérite, à l’investissement, à la performance ». Quels peuvent être des critères locaux de « performance et de mérite » distinguant l’enseignant du lycée parisien Louis le Grand de classe supérieure, avec un taux de réussite élevé, et celui de La Courneuve ?

Il s’agit là aussi de casser le statut de la FP qui assurait une certaine indépendance des personnels, en les subordonnant clairement à un chef d’établissement/patron. Quelles seront les garanties de maintien de l’emploi pour les professeurs actifs dans le mouvement syndical, les professeurs en longue maladie, ceux qui, pour telle ou telle raison y compris pédagogique, seront en conflit avec leurs administrations locales ? Et quelles garanties face aux collectivités locales, aux parents d’élèves ?

Le 18 mars,  journée d’action et de grève nationale, précédée par des grèves locales, piquets de grève, actions des lycéens s’opposant à la suppression des BEP, actions communes de refus des suppressions de postes et d’heures, doit constituer un temps fort de la mobilisation pour des actions continues en lien avec les parents et les élèves.  L’URCF sera aux côtés des personnels éducatifs et des usagers pour  s’opposer aux réformes en cours : suppression des BEP, qui va se traduire par la suppression de milliers de postes, avec une ségrégation accrue  (les enfants des familles les plus populaires étant voués aux CAP), réduction catastrophique des moyens financiers et humains qui vont affaiblir de manière permanente les missions de service public ; suppression programmée du caractère de premier examen universitaire du baccalauréat, remplacé par un simple brevet de fin d’étude et de compétence, laissant la place à des concours d’entrée en faculté renforçant la sélection sociale !  L’école publique au rabais qui se dessine ainsi ouvre des boulevards au renforcement et à l’extension de l’enseignement privé réservé « aux élites », aggravant le dualisme scolaire propre aux sociétés de classe.

Le pouvoir dit non à la revalorisation des salaires, il faut donc amplifier la bataille pour une augmentation immédiate de  300 euros nets et mensuels, et pour le rattrapage du pouvoir d’achat et la revalorisation des salaires de la Fonction publique.

La politique de Sarkozy-Darcos, le rapport Pochard qu’il faut mettre au placard, comme le demandent la CGT-Educ, la FSU, et SUD-Education, ne peuvent être combattus efficacement sans éclairage sur les sources de classe de cette politique voulue par le MEDEF (à l’unanimité). Le capitalisme en crise veut détruire les conquêtes démocratiques scolaires, obtenues par les luttes des générations antérieures. Plus que jamais le mot d’ordre de la bourgeoisie est de forger une école inégalitaire, ségrégative, où les élèves issus des milieux populaires suivraient un enseignement étroitement utilitaire afin de devenir la main d’oeuvre corvéable et sans défense que souhaite le capital.

Ce système d’exploitation du travail salarié, qui s’avère incapable d’assurer l’instruction pour tous, ne peut assurer l’avenir de l’humanité.  Il faut construire le rapport de forces pour sauver l’école publique en lien avec l’ensemble du monde du travail.

Dès maintenant, nous appelons la profession éducative à rejoindre le combat révolutionnaire  de la classe ouvrière, parce que seul le socialisme peut assurer le droit fondamental à l’instruction qui crée les conditions, par l’acquisition du savoir,  de la liberté de chacun.

 

Commission Education de l’URCF, le 18 mars 2008

 
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