Fichier EDVIGE, nouvel outil policier au service de la dictature du capital
Ficher les « indésirables », pour mieux les contrôler ou les arrêter : ce fonctionnement de l’appareil répressif, utilisé par l’Etat capitaliste depuis ses origines, a pris une nouvelle dimension sous le pouvoir sarkozyste, révélant la nature fondamentalement liberticide et coercitive du système capitaliste.
Il faut dire que la classe dominante a besoin d’ « assurer ses arrières » dans la guerre antisociale qu’elle mène depuis plus d’un an contre le peuple-travailleur. Quand la propagande, les mensonges et la corruption ne suffisent plus à faire avaler la pilule des contre-réformes néo-libérales, quand le mécontentement populaire s’amplifie à travers les luttes et la colère de la jeunesse, le régime policier prend ouvertement le relais.
C’est ce que prouve le décret du 27 juin 2008 qui, sous le doux nom de fichier « EDVIGE » (Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale), autorise désormais le fichage automatisé de toute personne « ayant sollicité ou exercé un mandat politique, syndical ou économique, ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Il est également prévu de ficher toute personne de plus de 13 ans, tout groupe ou organisation dont l’activité est « susceptible de porter atteinte à l’ordre public », et de permettre aux services de police « d’effectuer des enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois ou à certaines missions ».
Ce puissant outil de surveillance, issu de la fusion des RG et de la DST, permettra donc de centraliser, dans un méga-fichier politico-policier, les opinions politiques ou syndicales de tout citoyen un tant soit peu engagé, mais aussi toutes les informations relatives à ses fréquentations, son comportement, son appartenance ethnique, sa vie sexuelle, sa santé, ses déplacements, son patrimoine, son véhicule…, avec «photographie et signes physiques particuliers» de l’intéressé.
Face à l’énormité de cette mesure de fichage, en matière d’atteinte aux libertés dites « fondamentales », les réactions ne se sont pas fait attendre, et une pétition lancée le 10 juillet sur Internet ( http://nonaedvige.ras.eu.org ), demandant l’abandon de ce fichier, a recueilli près de 90 000 signatures, dont celles de 675 organisations et associations, qui soutiennent également le recours déposé par la Ligue des Droits de l’Homme et les confédérations syndicales devant le Conseil d’Etat.
L’URCF s’associe pleinement à la dénonciation de ce nouvel instrument de répression, qui instaure une présomption de culpabilité pour toute personne engagée dans la vie publique, qui cible les mineurs comme des délinquants potentiels, et qui officialise les « interdits professionnels ».
Rappelons qu’avec les 16 lois sécuritaires votées depuis 2002, la France est devenue « championne olympique » en matière de pouvoirs policiers et de fichage : contrôles d’identité, placements en garde à vue, emprisonnements préventifs, perquisitions, écoutes téléphoniques et caméras de video-surveillance, se sont multipliés. De très nombreux fichiers policiers ont été créés (on en compte désormais 34 !), dont le STIC (sytème de traitement des infractions constatées), qui contient 7,5 millions de fiches de personnes «mises en cause», le FNAEG (fichier des empreintes génétiques), qui vaut à de nombreux militants le recueil de leurs empreintes ADN, sous peine d’être condamnés à un an d’emprisonnement, ELOI (fichier de 2006 destiné aux sans-papiers et à leurs soutiens), et CRISTINA (« renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux » -sic !-), créé parallèlement à EDVIGE, mais placé sous le sceau du « secret-défense »...
Cet arsenal de contrôle généralisé sur la population, dans le cadre d’une politique répressive renforcée, a un objectif politique bien précis : criminaliser une part croissante de la population (après les jeunes de banlieue, les SDF, les étrangers, les chômeurs, ficher et punir les militants), pour mieux masquer les causes réelles des dégradations subies par l’immense majorité des travailleurs, accompagner l’état de terreur économique imposée par l’oligarchie financière, et préparer la riposte policière contre le vent de révolte populaire qui déjà, ici et là, a commencé à souffler.
Mais quand le vent devient tornade, tous les fichiers du monde ne sont plus que de frêles paravents…