POURSUIVRE ET AMPLIFIER LE COMBAT

CONTRE L’UE CAPITALISTE JUSQU'À LA RUPTURE

 

Les élections européennes du 7 juin ont montré l’opposition croissante – bien que passive dans encore beaucoup de pays - à la consolidation et à la politique du bloc des Etats impérialistes d’Europe : l’Union Européenne. Le démontrent l’abstention massive et majoritaire, et dans certains pays, le renforcement du vote communiste (Grèce, Portugal).

 Le sens d’une abstention massive

En France, l’abstention record des couches populaires a atteint le score du NON au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE).

La classe ouvrière, avec  près de 70 %  d’abstentions, s’avère bien le fer de lance du refus de la politique  de Bruxelles, la classe la plus radicale dans le combat anti-impérialiste contre l’UE.

L’opposition de la paysannerie laborieuse se manifeste quotidiennement dans la résistance à la PAC (politique agricole commune) qui ruine les petites et moyennes exploitations pour le profit des agro-capitalistes et des monopoles.

La jeunesse, vouée dans toute l’Europe au chômage de masse ou à la précarité et aux bas salaires, s’est massivement abstenue. Lycéens et étudiants subissent de plein fouet le programme européen commun (réaction et social-libéralisme l’ayant adopté ensemble), appelé « processus de Bologne », portant sur l’éducation au 21ème siècle, et traduit en France par la politique de Darcos et Pécresse. Ce programme de Bologne vise à créer un enseignement toujours plus subordonné à la rentabilité monopoliste et aux besoins étroits de main d’œuvre des multinationales, sacrifiant les services publics éducatifs, organisant la sponsorisation capitaliste des activités scolaires ou universitaires selon le modèle US. La recherche est sacrifiée au complexe militaro-industriel et aux intérêts boursiers. Mais les luttes massives des étudiants –de la Grèce à la France- montrent qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, pour le capital financier.

Se sont donc principalement mobilisés à cette élection, l’ensemble des fractions de la bourgeoisie et les couches moyennes urbaines, aux situations sociales différenciées, mais qui rêvent d’une « Europe autrement », constituant ainsi pour sa frange la moins aisée, la base sociale du réformisme : écologie, social-libéralisme, social-réformisme.

Ce dernier courant, représenté par le NPA et le Front de gauche, a fait campagne  sur la « réorientation de la politique de l’UE », mais dans son cadre institutionnel, dont pourtant les traités fondateurs sont condamnés tant par le NPA que par le Front de gauche ! Comprenne qui pourra ! Ces partis, accordant la priorité au choix d’avoir des élus, ont été, tout au long de la campagne, en porte-à-faux avec le rejet populaire de la politique, mais aussi du cadre de l’UE.

La classe ouvrière, en amplifiant la lutte contre l’UE, doit œuvrer à soutenir les intérêts des couches moyennes les plus lésées par la crise et par la politique de Sarkozy (chercheurs, personnels hospitaliers, personnels de justice…), afin de les détacher des alliances de classe  directes ou indirectes avec le capital monopoliste.

 Parallèlement à la campagne électorale, les luttes sociales se sont poursuivies, comme chez Continental ou EDF, sur fond d’abandon et de trahison des bureaucraties syndicales au service de l’aménagement « social » des contre-réformes du pouvoir.

L’abstention massive constitue à la fois un ancrage permanent dans le NON victorieux et un clair désaveu de l’imposition du Traité constitutionnel européen via sa nouvelle mouture, le traité de Lisbonne. C’est la raison pour laquelle, l’URCF appelait à une abstention démocratique et populaire, puisque Sarkozy a refusé de respecter le suffrage universel et la souveraineté populaire exprimés par la victoire du NON, en passant en force par la voie de la réunion des deux chambres, sans risque puisque 90 % des députés et sénateurs étaient déjà acquis au OUI au  référendum !

Coup de force implicitement condamné par l’abstention massive.

 Fracture politique

Dans ce contexte, les scores obtenus par l’ensemble des listes n’en apparaissent que plus médiocres.

La crise du mode de production capitaliste s’accompagne aussi d’une crise de la représentation politique,  en contresens avec les intérêts de la majorité laborieuse.

Crise qui recèle des potentialités de luttes, mais aussi des dangers d’autoritarisme continu, de fascisation, compte tenu de l’absence et du retard à faire renaître un véritable Parti communiste, porteur et avant-garde de l’alternative anticapitaliste.

L’UMP et Sarkozy arrivés en tête, crient victoire, pourtant il n’y a pas de quoi pavoiser, puisque le parti présidentiel doté du contrôle des médias d’Etat et du soutien de l’écrasante majorité des médias privés, regroupe à peine 12 % des inscrits. A noter que les résultats officiels ne donnent pas les scores de chaque parti en rapport avec le total des inscrits. Le discours officiel sur le soutien réitéré à Sarkozy prétendument manifesté par les électeurs, tient à la fois de la méthode Coué et de la tentation permanente de passer aux forceps. Le pouvoir affirme avoir reçu le feu vert, pour continuer et amplifier ses contre-réformes antisociales et antidémocratiques.

Rappel nécessaire au mouvement ouvrier et gréviste pour la compréhension que l’essentiel va se situer dans les luttes de classes durant l’été et à la rentrée.

Cela dit l’UMP a su rassembler le camp bourgeois, en continuant  aussi de récupérer les thèmes répressifs et anti-immigrés du Front national.

L’échec du MODEM montre que la majorité des monopoles se satisfait de la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon qui a réussi à détruire nombre d’acquis sociaux antérieurs et à faire payer la crise par les travailleurs.

Le Parti socialiste subit un revers cuisant puisqu’il perd près de 40 % d’électeurs par rapport au scrutin précédent. Le PS, en période de crise du capitalisme, paye son social-libéralisme, son impossibilité de se démarquer, sur le fond, de la politique de Sarkozy, et son incapacité croissante à tromper les masses populaires. Comme le PS est l’un des piliers essentiels du pouvoir capitaliste (dictature de classe), les monopolistes cherchent à promouvoir une force nouvelle qui incarnerait l’alternance dans le cadre du système d’exploitation.

 

L’écologisme, outil idéologique du capital

C’est le rôle dévolu aux Verts et à l’écologie qui représente une nouvelle forme d’ « union nationale » regroupant exploiteurs et exploités, « au-dessus des classes » pour sauver la planète menacée par notre « surconsommation ». Pour porter les Verts et Cohn-Bendit au pinacle, les médias capitalistes ont ouvert leurs antennes au film de Yann Arthus-Bertrand qui sème la peur (la Terre n’aurait plus que 10 ans à vivre !) et qui fait de la défense de l’environnement la question centrale universelle. A cet égard, l’écologisme, au-delà peut-être des intentions de ses fondateurs, a été récupéré et canalisé par le capital monopoliste, et se transforme en nouvelle idéologie totalitaire (au sens philosophique) assénant des axiomes transformés en vérité révélée. Rappelons-nous Cohn-Bendit qui, avec Yves Montand et Tapie, s’écriait « Vive la crise ! » pour mieux faire passer le néolibéralisme et sa déréglementation générale (1983).

En affirmant cela, nous ne nions pas les menaces écologiques existantes, mais nous appelons à remonter à leur source.

En effet, contrairement à ce qu’affirmait le renégat Gorbatchev, les valeurs universelles ne se dissocient pas des intérêts de classes et de la lutte entre elles.  C’est le capitalisme qui, pour sa recherche du profit maximum, à travers les multinationales et notamment les monopoles pétroliers et pétrochimiques, est seul responsable du saccage de l’environnement, en exportant de plus les nuisances et autres poisons principalement dans les pays semi-colonisés du Tiers-monde.

La défense véritable de l’environnement présuppose une dimension première anticapitaliste et anti-impérialiste à ce combat. Ce sont « les rouges », c’est-à-dire les communistes, qui doivent mener, dans cette forme, cette lutte globale avec les forces démocratiques.

L’idéologie « écologiste » dédouane au contraire le capital de ses responsabilités majeures. Le « Nous » employé par Arthus-Bertrand mêle allègrement fauteurs de pollution et ses victimes. Les critiques sur le mode de consommation ignorent les différenciations de classes et de revenus. Les 8 millions de citoyens de France, qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, apprécieront sans nul doute ce langage, de même que le milliard 200 millions d’êtres humains qui souffrent de la faim, les 2 milliards de Sans-toit ou le milliard de privés d’emploi, dans le monde capitaliste. Cette « union sacrée » avec le capital se retrouve dans les diverses fondations de « protection de l’environnement », soutenues financièrement par des monopoles hautement « écologiques » comme Total qui, entre autres, pratique le torchage en Afrique, procédé qui consiste à brûler dans la nature, les gaz résiduels du pétrole ! Après avoir détruit en partie notre environnement, les monopoles voient dans la protection de la nature, une nouvelle source de profits, en érigeant des taxes frappant la consommation populaire, en prônant la « croissance zéro », en faisant payer aux travailleurs les installations non polluantes. Le « développement durable » conçu par le capital financier vise à réaliser le maximum de profits, il suffit de voir la concurrence inter-capitaliste pour le contrôle des ressources d’eau.

L’écologisme à la Cohn-Bendit constitue bien une union sacrée, comme le prouvent les contacts réguliers avec l’Elysée, les satisfecit adressés à Borloo. Ce courant accompagne partout la politique visant à faire payer la crise du système capitaliste par les travailleurs. C’est l’idéologie des couches moyennes subordonnées aux monopoles, ce que la presse appelle les « bobos » !

 

 

Les forces social-réformistes n’ont réussi pour leur part qu’à occuper une partie mineure de l’espace social-libéral qu’elles visent à conquérir.

Leur concurrence et leurs divisions les ont  affaiblies mutuellement.

On peut parler d’un échec relatif du NPA, en dessous de la barre des 5 %. NPA dont le leader avait été promotionné sur les écrans à des heures de grande écoute, que les organismes de sondage (aux mains de la classe capitaliste) présentaient comme l’opposant le plus populaire ! Bebel, un révolutionnaire allemand, constatait sagement : « Je me demande toujours quelle bourde j’ai pu commettre, quand je suis flatté par l’ennemi de classe ». Le NPA a été affaibli aussi par la dissension d’une de ses tendances autour de Christian Picquet qui soutenait et participait à la campagne du Front de gauche.

Quant au Front de gauche, un certain dynamisme de sa campagne et les drapeaux rouges n’occultent pas la nature réformiste de ses propositions, dont le thème central fut la réorientation de la politique de l’UE, avec à la clé la transformation de la Banque Centrale Européenne (BCE) en « banque pour l’emploi et les investissements productifs » (sic !). Par quel tour de passe-passe, alors que la BCE est précisément l’instrument de direction des multinationales et des Etats capitalistes pour leur politique antisociale et antipopulaire ?! En fait, le Front de gauche, par son « euro-constructivisme » revendiqué, refuse de rompre avec l’idéologie dominante (présentant comme « ringarde » et « nationaliste »  toute opposition à l’UE), et au contraire s’aligne sur la superstructure voulue par les Etats impérialistes d’Europe. Tant qu’il n’y aura pas de remise en cause de l’UE comme cadre capitaliste, base de sa politique, l’opposition du Front de gauche restera inconséquente. Marie-George Buffet aime à rappeler son « attachement à l’Europe », mais cela n’implique pas l’adhésion à la forme dont se sont dotées l’Europe impérialiste et ses multinationales.

 

Le vote du 7 juin montre que le NON progressiste n’appartient à personne, à aucune formation politique puisque, malgré l’appel à voter du Front de gauche, du NPA, de Lutte ouvrière et d’autres, la majorité populaire a refusé de cautionner la politique néolibérale inchangée depuis le référendum. Dure leçon pour ceux, nombreux, qui se pensaient les dirigeants du NON.

Le social-réformisme a échoué à lier les dimensions antisociales et antidémocratiques à la politique de guerre impérialiste menée ou soutenue par l’UE, de Gaza à l’Afghanistan, en passant par l’ex-Yougoslavie et l’Afrique. Les sociaux-réformistes ont peu connecté leur campagne à la crise du mode de production capitaliste et n’ont pas répercuté, dans le pays, ce mot d’ordre central de l’heure : Faire payer la crise par son fauteur, le capitalisme !

 

Tout cela explique selon nous, l’abstention massive de la classe ouvrière qui n’a pas voulu se mobiliser autour d’une campagne du type « l’Europe autrement ».

La dimension internationaliste présente dans plusieurs grèves, dont celle des Continental qui ont fraternisé avec leurs camarades allemands, les grèves générales en Grèce, au Portugal, en Belgique, en Italie, en France, n’ont pas été présentes dans la campagne, alors qu’elles constituent la ligne force pour rompre avec le cadre et la politique capitaliste de l’UE.

 

Nos tâches 

Les deux grèves nationales du 29 janvier et du 19 mars, trop espacées dans le temps, ont été trahies par les bureaucraties syndicales, et notamment par l’alliance au sommet  entre CGT et CFDT, qui subordonne clairement Thibault à Chérèque qui donne le tempo et le la !

La colère et la résistance restent debout, bien que nous n’ayons pas réussi tous ensemble à faire reculer le patronat et le pouvoir.

La recherche systématique du profit maximum va conduire des entreprises comme Michelin à licencier et fermer les usines. Les prévisions officielles soulignent que l’on va vers le million de chômeurs supplémentaire en 2009.

La question centrale actuelle demeure bien de faire payer sa crise au capital, de lutter pour qu’entre autres, les cadeaux payés par l’argent public aux banques (360 milliards) reviennent aux travailleurs.

La défense et l’augmentation des salaires et des pensions, la lutte pour défendre et développer les emplois privés et publics gardent toute leur acuité. La politique du capital ne manquera pas d’exacerber les contradictions de classes et d’engendrer les résistances.

Les directions syndicales qui sont inféodées aux contre-réformes sarkozystes via l’idée « qu’on ne peut pas faire autrement vu l’ampleur de la crise », ne peuvent nous conduire à la victoire dans les luttes de classes sociales.

Puisque le « sommet » devient un obstacle à l’unité combative des travailleurs, à la construction d’une grève générale continue pour faire plier le pouvoir et le patronat, les travailleurs en lutte doivent prendre leur responsabilité et prendre le relais de directions défaillantes par rapport à leur mandat. C’est à la base, qu’il revient de construire la plateforme revendicative unitaire, de classe et de masse, comme le LKP guadeloupéen a su le faire.

Nous appelons les comités de grève locaux, les syndicalistes à l’action, à échanger, à se rencontrer et à forger le mouvement du « Tous ensemble et en même temps  ! »

Autre engagement essentiel : contribuer à la défense des libertés démocratiques, des libertés syndicales et du droit de grève. L'actualité nous montre comment,
dès qu'il y a une grève offensive, patronat et gouvernement mettent en
branle leurs appareils répressifs (police, justice, conseils de
discipline). Aujourd'hui plus de 250 militants d'EDF-GDF (CGT, SUD, FO...)
sont traduits devant les conseils de discipline et les tribunaux.
Lutter contre la répression syndicale (et politique), dénoncer la
criminalisation du fait syndical
est une tâche importante qui nous est
dévolue.

 

Dès maintenant, cet été et à la rentrée, l’auto-organisation des comités de grève devient la voie pour contourner les syndicalistes d’accompagnement qui fixent les échéances entre les allocutions de Sarkozy, comme si, apolitisme oblige, les travailleurs avaient quelque chose de bon à attendre du pouvoir qui n’a qu’un objectif : instaurer le modèle capitaliste US de développement, détruire tous les acquis sociaux gagnés par nos aînés de la CGT et du PCF, précariser, allonger le temps de travail et de carrière pour assurer l’extraction de la plus-value absolue.

L’abstention massive et les luttes à caractère souvent radical attestent de l’aspiration  encore confuse et spontanée, mais réelle, à l’émergence d’une alternative véritablement anticapitaliste, ne s’en tenant pas « au partage des richesses », mais organisant et dirigeant le processus révolutionnaire conduisant à l’expropriation du capital et à l’abolition du salariat, à l’instauration du socialisme, ce qui passe par la formation d’un vaste front anticapitaliste.

 

Le mouvement communiste de France, aujourd’hui dispersé et divisé, doit forger son unité d’action. La campagne anticommuniste de l’UE, la politique antisociale, antidémocratique, belliciste de l’UE et de l’impérialisme, le soutien de classe aux luttes en cours, la défense du syndicalisme de classe et de masse, autant de thèmes où les communistes doivent frapper ensemble. Quant à ceux qui agissent déjà dans un cadre unitaire, la question de leur unité organique est posée. Unité d’action, rapprochement entre organisations communistes sur des bases de principe, ce sont les voies pour que renaisse, en France, un véritable Parti communiste de type léniniste.

 

Union des Révolutionnaires-Communistes de France (URCF) - construction du Parti.                                                                                                                       

Le 21 juin 2009

 
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