Le Parti du Travail de Belgique organise chaque année pour le Premier Mai un séminaire  communiste international.

 

SEMINAIRE COMMUNISTE INTERNATIONAL BRUXELLES  MAI 2005

 

Contribution de « Union des Révolutionnaires-Communistes de France »

 

La bataille pour le NON à la constitution européenne

 et l’unité des communistes.

 

La politique générale de l’Union Européenne correspond à la nécessité de concentrer le capital monopoliste à l’échelle du vieux continent afin de faire face à la lutte pour le repartage du globe ; par la recherche du surprofit au moyen de la surexploitation des travailleurs, du pillage des Etats dominés, de la consolidation et la conquête de nouveaux marchés. L’UE vise à disputer l’hégémonie mondiale à ses rivaux impérialistes : les Etats-Unis, le Japon.

 

Le projet de traité constitutionnel de L’Union Européenne (UE) exprime une nouvelle étape de la construction capitaliste de l’Europe, renforçant et structurant la domination absolue des monopoles sur les sociétés et Etats. Au centre du projet se trouve

 « La concurrence libre et non faussée (…), une économie de haute compétitivité » (extrait de l’article 1-3).

 

Ce projet appelle plusieurs réflexions de forme et de fond. Sur la forme, une commission de 105 membres dirigée par l ‘ancien Président Français Giscard (connu pour sa politique antisociale) et qui comprenait  63 membres de l’Internationale socialiste a rédigé ce projet. Ce texte est à donc l’expression du consensus entre les deux forces dirigeantes des Etats capitalistes d’Europe, en alternance : le courant réactionnaire-conservateur et la social-démocratie. Consensus qui se fonde sur la gestion de la crise capitaliste pour le seul bénéfice des monopoles.

 

Le projet est aussi le fruit d’un compromis entre les deux coalitions s’affrontant au sein de l’UE : L’Euro-atlantisme (Grande-Bretagne, Italie), partisans sous la direction de l’impérialisme US, d’un marché euro-atlantique  intégré du type AMI ; et l’autre coalition qui dirige l’UE : le condominium Germano-Français qui souhaite une UE forte voire l’émergence demain d’un Etat Européen sous son hégémonie. Ce compromis se reflète dans la partie militaire du Traité qui inscrit les missions de l’UE dans le cadre de L’OTAN (d’où le soutien de Bush), tout en ne fermant pas la porte à l’armée européenne.

 

Le Traité présente une originalité par rapport aux constitutions bourgeoises traditionnelles. Ces dernières reconnaissent un certain nombre de droits, obtenus parfois comme résultat des luttes de classes existantes, obligeant le capital à des reculs (comme les constitutions nées des Résistances antifascistes), soit sur la base de la démagogie et tromperie pour lier le prolétariat et les travailleurs à la démocratie bourgeoise. Dans tous les cas, ces constitutions présentent un caractère formel.

 

Le projet de L’UE est plus un programme commun des Etats impérialistes d’Europe, la définition d’une stratégie générale des monopoles, qu’une constitution à proprement parler.  L’objectif est de faire entériner par les peuples : un cadre économique, social, politique, militaire, idéologique obligatoire autour du néo-libéralisme.

 

En effet, l’aspect principal du Traité est d’imposer partout une seule politique économique, et ainsi d’interdire toute tentative de régulation bourgeoise de type Keynésien, mais aussi des mesures démocratiques comme la nationalisation de secteurs industriels voulant délocaliser dans le but de sauvegarder la production, les emplois, de satisfaire des besoins. Dans le même ordre, la taxation du capital, la progressivité des impôts sur le revenu, formellement perdent leur caractère légal. Il s’agit donc d’un tournant réactionnaire qui vise à intensifier la surexploitation, à aggraver les conditions de travail, à liquider les conquêtes sociales et démocratiques, liés aux succès notamment des Résistances Antifascistes Ces conquêtes mises à mal depuis plusieurs décennies sont clairement en voie de liquidation.

 

La bataille contre ce Traité constitutionnel revêt une haute portée de classe. Sans prétendre développer une analyse exhaustive, appuyons notre démonstration sur deux questions : les droits sociaux, la politique militaire.

La très bureaucratique et réformiste Confédération Européenne des syndicats (CES), présente ce projet comme une « avancée sociale ». Il n’en est rien, puisque aucun droit nouveau n’y figure. Certains droits sont rappelés de manière formelle mais sont vides de tout contenu.

« L’UE combat l’exclusion sociale et les discriminations et promeut l’égalité entre les femmes et les hommes. » (art. 1-3).

 

La réalité est passablement différente puisqu’en moyenne dans les Etats de l’UE, le salaire des femmes est inférieur de 30%, les discriminations à l’embauche ou pour les promotions persistent. En France,  seul le  secteur  public accordait à travail égal, l’égalité de traitement, mais précisément, le Traité constitutionnel veut privatiser l’ensemble de ses services !

 

Pire de nombreux droits des femmes ont été supprimés au nom d’une conception dévoyée de l’égalité. La directive 76/207 de l’UE a levé l’interdiction du travail de nuit des femmes dans le secteur industriel ! En France, la majorité des emplois précaires sont attribués aux femmes.

 

«  L’UE promeut la justice sociale et la protection sociale (…), la solidarité entre les générations . » (art 1-3). Que devient en France et en Europe, la solidarité inter-générationnelle quand les réformes sur les retraites s’attaquent au régime par répartition, fondée sur la solidarité entre jeunes et anciens (les jeunes finançant les pensions des retraités) et mettent en place la capitalisation individuelle et les fonds de pension !

 

Même mensonge sur la protection sociale , la Commission Européenne déclare la nécessité « d’adapter les systèmes de protection y compris les systèmes de santé à la réduction des déficits ». Politique de l’UE, qui s’est traduite en France par la suppression de 105 000 lits d’hôpitaux, rentabilité financière oblige, cause des 15 000 morts de la canicule durant l’été 2003.

 

« Tout citoyen a la liberté de chercher un emploi » (art 2-75). Ainsi, dans ce projet, le droit au travail reconnu dans nombre de constitutions bourgeoises nationales est simplement liquidé. Certes ce droit était plus que formel, mais du moins l’Etat avait certaines obligations  vis à vis des citoyens. A la place, on a le droit de « chercher » un travail (comme le dit la chanson, en France, « merci patron »), et si on est au chômage , ni les capitalistes ni l’Etat n’ont de comptes à vous rendre.

 « l’UE  veut promouvoir une politique de main d’œuvre qualifiée, susceptible de s’adapter »  (art III-27). C’est justement au nom de cette « adaptation » que partout des mesures néo-libérales ont été prises, afin de faire de l’UE, un champion de la flexibilité, de la précarité, en France, 40 % des emplois crées sont précaires, un salarié sur 5 est payé ainsi en-dessous du salaire minimum. Tout le projet constitutionnel tourne autour de l’objectif maintes fois réitéré : « maintenir la compétitivité » (art.III-209).

 

Concernant la durée légale du temps de travail, le texte est cynique :

 « Tout travailleur a droit  à une limitation de la durée maximale, c’est à dire à des périodes de repos journalier et hebdomadaire » (art. III-91). Dans ce cadre , une nouvelle loi en France allonge la durée du temps de travail jusqu’à 45 heures par semaine, rappelons que la revendication syndicale est de 35 heures ! On va dans certains Etats d’Europe, vers des semaines de 65 heures. Où sont les avancées sociales saluées par la CES, quand le projet écrit sur les licenciements :

 «  tout travailleur a droit à une protection contre tout licenciement injustifié » (art.2-90), ce qui revient à s’inscrire dans la logique capitaliste, en reconnaissant qu’il y a des licenciements justifiés ! C’est bien, la loi de la jungle, fondé sur la concurrence tous azimuts et ses corollaires : les fermetures d’entreprises, les délocalisations, le chômage massif. Le projet écarte tout moratoire sur les licenciements (mesure pourtant timide) a fortiori, toute interdiction législative des licenciements, revendication des forces syndicales de progrès. D’autres droits sont liquidés d’un trait de plume, le droit au logement, aux pensions aux minima sociaux. Rien sur la gratuité des transports pour les chômeurs.

 

            Le lock-out, vieille arme patronale pour briser les grèves, est légalisé ! La question des services publics fait couler beaucoup d’encre en France où la majorité des citoyens souhaitent leur maintien (66%). La direction du parti socialiste défendant le projet de constitution, prétend que les services publics sont reconnus « pour la première fois ».

 

Notons leur particulière démagogie, puisque c’est le gouvernement de la « gauche plurielle » (PS et PCF révisionniste), dirigé par Jospin, qui a le plus privatisé en France et affaibli ainsi les services que ces messieurs prétendent défendre aujourd’hui ! Le projet met en place des SIEG (services d’intérêt économique général), que la social-démocratie déclare être « en langue européenne » des services publics ! Il n’en est rien. Seuls peuvent exister des services publics en concurrence avec des prestataires privés, la constitution refuse « tout monopole public » puisque la « concurrence est libre et sans entraves ». Or ces entreprises privées concurrentes vont utiliser comme à France-Télécom, ou à Electricité de France-Gaz de France (EDF-GDF), les équipements, installations, pour lesquels elles n’ont pas investi un sou (puisque ces entreprise capitalistes d’Etat ont été financées par l’argent public). Ce véritable vol et détournement de l’argent public, permet aux opérateurs privés un véritable dumping des tarifs sans maintenance ni qualités équivalentes.

 

 De plus, le « livre blanc de l’Union Européenne » stipule :

 « les services d’intérêt économique général (SIEG) ne doivent pas être confondus avec l’expression ‘ services publics’ » (annexe 1 du livre blanc).

 

            Le  néo-libéralisme   liquide le secteur capitaliste d’Etat qui a assuré tout un temps des missions de services publics dans le domaine des transports, de l’énergie, de la santé, des postes, pour le seul profit des oligarques financiers et boursicoteurs qui s’accapare à bas prix, des entreprises financées par l’argent public. Ce Traité constitutionnel signifie toujours moins de droits sociaux pour les travailleurs. Le bilan social de l’UE est catastrophique. Comparé au XX e siècle, dans tous les Etats,  on travaille plus longtemps dans la semaine, on part plus âgés à la retraite avec moins de pension, les salaires sont bloqués, on paye plus cher des soins et des médicaments en étant toujours moins remboursés. «  L’Europe sociale » promise à la signature du Traité de Maastricht était bien un mirage !

 

La politique militaire.

Il est symptomatique du capitalisme en crise, qu’à chaque fois que les gouvernants parlent d’ « Etat de droit », on évoque la nécessité d’une véritable « politique de défense ». Le projet confirme l’analyse léniniste, sur le recours à la guerre comme instrument d’un nouveau partage du monde, au stade impérialiste du capitalisme.

 Le néo-libéralisme favorise l’instauration d’économies de guerre dans tous les Etats. Les impérialismes britanniques et Français principaux vendeurs d’armes derrière les Etats-Unis vont avec ces derniers tirer d’immenses profits de l’obligation faite à chaque Etat d’augmenter leur budget militaire pour s’équiper  et participer aux missions assignées aux forces armées européennes, dans le cadre des missions de l’OTAN ou non.

 «  la politique de l’UE n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains Etats-membres, elle respecte les obligations découlant du Traité de l’Atlantique nord pour certains Etats-membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’OTAN. » (art. 1-141).

 

Nous avons là la confirmation du stade actuel de L’UE : bloc d’Etats impérialistes, puisque ce texte reconnaît, les missions propres à chaque Etat impérialiste « pour sa sécurité ». Le texte légitime ainsi les impérialismes français et britannique à s’ingérer et défendre leurs intérêts financiers par exemple en Côte d’Ivoire ou au Zimbabwe !

 

Le texte reconnaît l’appartenance à l’OTAN de la majorité des Etats d’Europe (pour la plus grande satisfaction de Bush), mais aussi le caractère spécifique de la politique de sécurité européenne. Il s’agit donc d’un texte  de compromis entre tenants de l’euro-atlantisme qui conçoivent la politique militaire comme étroitement placée sous la direction de l’impérialisme américain et les impérialismes allemand et français attachés à l’édification d’une armée européenne.

 

Il est prévisible que l’OTAN sera, comme lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak, le lieu d’exacerbation des contradictions interimpérialistes, puisque alors l’opposition de la France, Allemagne, Belgique avait empêché le recours à l’OTAN comme force interventionniste.

 

 Quelque soit leur tendance au sein de L’UE, toutes  ces puissances impérialistes visent à satisfaire les intérêts de tel ou tel secteur monopoliste, d’où leurs contradictions, il n’y a pas un « camp de la paix  germano-français », mais un camp unique de la guerre, au-delà des conflits d’intérêts. 

 

Toute la politique de « défense » est conçue sous l’angle d’interventions dans des pays tiers, notamment dans les anciennes colonies et pays du « tiers-monde ». Mieux que de longs discours , c’est la preuve pour ceux qui voient dans l’UE, « un espace démocratique et pacifique » différent de l’Empire US, que le contenu de classe impérialiste étant le même, la forme et les méthodes tendront de plus en plus, si l‘UE se renforce à se ressembler. Dans le projet constitutionnel, la guerre est envisagée (quelque soit le prétexte employé), comme le moyen de continuer les affaires et de conquérir de nouveaux marchés. Le grand alibi est la « lutte contre le terrorisme », l’absence de véritable définition, permet toutes les interprétations et aventures.

 

 Qu’on se souvienne des affirmations mensongères de Bush et Blair sur « les armes de destruction massive », les « liens de Saddam Hussein avec al qaida ».

La constitution met en place une clause de solidarité :

 « L’union et ses Etats-membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un Etat-membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine » (art.3 –309).

 

 Les mêmes motifs permettent le recours légal, à l’intervention des Etats de l’UE, dans un pays membre « à la demande de ses autorités politiques », « dans ce cas, l’Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires des Etats-membres afin de porter secours à l’Etat concerné ».

 

 Dans le traité constitutionnel, il s’agit de légaliser comme norme internationale, le caractère transnational des corps répressifs de chaque Etat coalisés.  Fondés sur le caractère professionnel et mercenaire des diverses armées, leur mission de « sécurité intérieure », camoufle à peine leur rôle de sauvegarder le système capitaliste en  agissant comme force internationale de guerre civile. En effet, les appareils d’Etat répressifs et armés seront utilisés contre toute menace « terroriste » non définie.

 

 Plusieurs textes de sommets européens ou des directives ont évoqués une conception du terrorisme, étendue à « l’occupation de bâtiments publics, l’occupation d’usines stratégiques, des désordres publics ». Là sont clairement visées des formes de luttes qui surgissent dans des périodes de crise politique aiguë et d’ affrontements révolutionnaires. Pratiquement, en cas d’évènements similaires à ceux de Mai 1968 en France (grève générale de 10 millions de travailleurs), les armées européennes coalisées pourraient intervenir à la demande du chef d’Etat ! Lénine définissait les « Etats-Unis d’Europe » comme une machine de guerre contre le socialisme international ». Le projet constitutionnel confirme pleinement l ‘analyse léniniste. Concernant la peine de mort aboli par tous les Etats-membres, voici ce que dit le projet (ce passage ayant été fort peu commenté) :

«  Toute personne a droit à la vie. Nul ne peut être condamné à la peine de mort et exécuté. (…) la mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans le cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire(…) pour réprimer conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. » (art. II-2 de la charte des droits fondamentaux).

 

Cette Europe là est celle de la réaction, pas un mot dans le projet pour condamner les crimes colonialistes et impérialistes de ses membres contre les peuples, pas une ligne dénonçant la politique  de génocide du fascisme allemand ! Cette Europe est celle de la guerre contrairement à ce que disent les apologistes de la constitution, une Europe de la militarisation, de la fascisation. Le terrorisme d’Etat devient l’arme de recours en cas « de subversion des institutions démocratiques », lire en cas de menaces pour l’existence d’un système capitaliste incapable de satisfaire les besoins matériels et culturels des travailleurs. La bourgeoisie monopoliste, ses agents politiques marchent sur les traces des assassins de Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg, Julien Lahaut, nikos Belloyanis, victimes du terrorisme de L’Etat capitaliste !

 

Les enjeux de la bataille pour le NON au référendum en France.

 

Le droit français reconnaît le référendum comme mode de consultation, notamment sur les questions institutionnelles. Le  président Chirac, s’appuyant sur des sondages, pensait transformer ce référendum en plébiscite, puisque le parti socialiste soutient aussi le projet de constitution Européenne.

 

Le gouvernement Raffarin connaissant une très basse popularité, Chirac pensait qu’allait se renouveler la situation du second tour de  l’élection présidentielle, ou confronté à un candidat fasciste, il avait obtenu plus de 80% des voix. Ainsi, la construction de l’Europe des monopoles aurait été confortée. Tout le dispositif bourgeois était en ordre de bataille, l’organisation patronale, le MEDEF dès l’été 2004 avait appelé au OUI au référendum, ainsi que le parti de Chirac et le parti socialiste.

 

Ces partis sont les piliers de la dictature capitaliste, gouvernant en alternance. Chirac, non exempt d’esprit politicien, faisait une manœuvre : obliger le parti d’« opposition » (le PS) à se ranger derrière lui à trois ans des futures présidentielles. Toutes les centrales syndicales  étant membres de la CES, on pensait même que la CGT, autrefois opposant affirmé à l’époque au Traité de Maastricht, sous l’influence d’une direction acquise au réformisme, comme les autres centrales appelleraient au OUI ! Tous ces calculs ont été balayés.

 

Tout d’abord à la base, les luttes sociales et grèves nombreuses depuis le début de l’année, ont permis que les travailleurs prennent conscience du lien entre les réformes réactionnaires du pouvoir et les directives de Bruxelles. Le bilan social de l’Europe suscite scepticisme et colère des salariés quelque soit la catégorie sociale. Le chômage qui atteint officiellement 10% de la population active, les nombreuses délocalisations, la casse du tissu industriel, la ruine des petites exploitations agricoles, les menaces de marchandisation croissante de l’éducation et de la culture constituent la base objective du rejet de l’Europe des monopoles.

L’URCF avait appelé les syndicalistes à agir (en conjonction avec d’autres forces communistes) pour exiger de la direction CGT, une consultation des adhérents. Cette direction à chaque réunion, utilisait l’arme de la diversion, « étudions d’abord le projet », de plus plusieurs membres importants s’étaient prononcés en faveur de la constitution « au nom des avancées sociales ». La base a repoussé à 80% ces arguments et a voté massivement pour le rejet du traité : (66% en direction).  Les autres centrales : FSU (enseignants), SUD, Force ouvrière, à des degrés divers , font opposition ou réserves au projet. Seule la CFDT, relais des directives patronales, mais très affaiblie par sa politique de trahison sociale, appelle au OUI.

 

Cette opposition massive des forces du travail a ouvert une crise politique majeure. Un processus de différenciation s’est opéré au sein de la social-démocratie, puisque une partie des cadres a appelé au vote NON, quelque soit leur sincérité, cela a contribué à briser l’opération de plébiscite et élargir le camp du NON. Manoeuvrant, la bourgeoisie a eu recours à une réunion du Parlement pour modifier la constitution, de façon à faire ratifier le projet de traité Européen. 86%¨des députés et sénateurs ont modifié la constitution. Cela n’a eu aucun poids pour affaiblir la dynamique du NON. Pire même, les électeurs socialistes à 60% sont favorables au NON, 30 % des électeurs du parti de Chirac partagent cette opinion ! Dès lors la crise de la représentativité politique va croissant entre les Etats-majors et leur base.

 

Le référendum constitue un enjeu de classe important puisqu’il oppose les forces acquises au pouvoir capitaliste (MEDEF, UMP-UDF, PS) à l’ensemble du monde du travail. Pour la classe ouvrière et les travailleurs, le NON avec les luttes et les grèves, est le moyen de se défendre contre les agressions quotidiennes du capital et du gouvernement, de sanctionner la politique de Chirac, Raffarin, Sarkozy, d’infliger une défaite à la bourgeoisie monopoliste française et européenne puisque la règle de l’unanimité est nécessaire pour adopter cette constitution.

 

 Certes ne semons pas d’illusions, cette défaite serait ponctuelle mais précieuse, car elle mettrait en minorité les piliers politiques du pouvoir des monopoles, ce qui permettra aux masses, de mieux appréhender la conception matérialiste d’une dictature d’une minorité d’exploiteurs sur la majorité laborieuse, en système capitaliste. Cela renforcera aussi la combativité populaire pour repousser les réformes réactionnaires.

 

Les conditions d’une recomposition des forces progressistes, par l’isolement de la social-démocratie de droite peut devenir une perspective, favorisant l’unité ouvrière dans les luttes ! Le camp du NON est certes hétérogène. C’est à la fois sources de faiblesses mais aussi de force Pour le NON, se retrouvent coude à coude , des militants et dirigeants socialistes, le PCF social-démocratisé, ATTAC, les organisations trotskistes (les masses ont obligé Lutte Ouvrière a abandonné sa politique de « neutralité » à l’égard de l’UE), la confédération paysanne, les centrales ouvrières : CGT en tête, les communistes révolutionnaires.

 

Les fascistes appellent au NON ( rêvant d’un impérialisme français dominant l’UE) mais la campagne leur échappe par son contenu anti-monopoliste, plus progressiste que lors du référendum sur Maastricht.

 

L’URCF s’est positionnée dès le début pour que le NON anticapitaliste, anti-impérialiste, internationaliste contribue à la victoire générale du NON. Cette campagne a fait mûrir notre jeune organisation. Nous avons appris à nous démarquer et critiquer les illusions réformistes, sans cibler nommément des partis qui appellent au NON. Ainsi, leurs militants de base non rebutés par la mise en cause ouverte de leur organisation, atteignant leur « patriotisme » de parti, plus sensibles à notre campagne, ont utilisé nos arguments, diffuser notre matériel. Nous avons ainsi touché des militants de base du PCF, mieux qu’à l’époque où nous combattions en interne !

 

Cette souplesse dans la tactique accompagnée de fermeté dans les principes est payante, les communistes révolutionnaires sont en phase avec les travailleurs, notre travail dans les usines se renforce, des liens nouveaux s’opèrent. Dans les jours qui viennent, avec l’ensemble des forces du NON, avec l’ensemble des communistes anti-révisionnistes, nous allons « tout faire pour la victoire du NON » !

 

Les progrès de l’unité d’action des organisations communistes.

 

Le mouvement communiste en France présente plusieurs particularités. Le Parti Communiste Français (PCF) qui fut un parti doté d’une importante force électorale, militante, ouvrière, a été la proie du révisionnisme. En 1956, le PCF s’est aligné sur les thèses du XXe congrès  du PCUS : voie parlementaire au socialisme, antistalinisme. S’est déroulé un processus plus long qu’en Italie, qui a vu le PCF s’alignant sur le révisionnisme Khrouchtchévien, abandonner le marxisme- léninisme, la dictature du prolétariat,  la stratégie de la révolution pour renverser le capitalisme (années 76-79). La victoire du révisionnisme a des sources matérielles, objectives, le caractère impérialiste de la France favorise la scission du prolétariat , en engendrant la corruption de certaines couches: l’aristocratie et la bureaucratie ouvrières. Cette couche a pris les rênes du PCF dans les années 60.

Aujourd’hui le PCF est une formation social-réformiste, gorbatchévienne, qui a liquidé toutes les survivances du communisme. Toutefois même affaibli, ce parti continue de garder une influence relative dans le monde du travail, en gardant l’appellation « communiste », il continue d’exercer une fonction de duperie, pour beaucoup, le communisme notamment chez des jeunes est identifié aux propositions réformistes du PCF. Ce parti qui ne met plus en cause ni le pouvoir des monopoles (présenté comme « démocratie ») ni la propriété privée des moyens de production et d’échange (au nom du caractère incontournable de l’économie de marché), propose de « modifier les critères de gestion dans les entreprises », au moyen de réformes graduelles fondées sur « l’investissement productif ».

 

Dans les années 60, contre les manifestations du révisionnisme du PCF, des camarades fidèles aux orientations du Parti communiste Chinois (PCC), du Parti du Travail d’Albanie( PTA)  fondèrent de nouveaux partis non sans divisions ultérieures : le PCMLF, le PCRML, ainsi que des groupes moins importants. Dans ces Partis, la politique du PCC était plus influente. Avec la théorie a-classiste des « trois mondes », ces partis sombrèrent dans l’union sacrée avec la bourgeoisie Française, avec l’Europe capitaliste  au nom de la lutte contre « le social-impérialisme soviétique ». Dès lors, ils perdirent toute influence possible dans la classe ouvrière encore sous l’emprise du PCF.

 

 D’autres, davantage inspirés par les écrits du marxiste-léniniste Albanais, Enver Hoxha, poursuivirent courageusement le combat communiste, mais avec  une influence limitée dans les masses, tel le Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF). Certains  marxistes-léninistes rejoignirent le PCF, retrouvant d’autres camarades véritablement communistes dans ce Parti, pour participer aux luttes économiques, sociales, avec toutes les limites liées au révisionnisme. Néanmoins, ces camarades apprirent à lutter et diriger des mouvements de masse, à rassembler dans des luttes ponctuelles, à agir pour élever la conscience de leurs camarades syndicalistes.

 

 Cette expérience est précieuse pour beaucoup d’entre nous à l’étape de la reconstruction d’un véritable Parti communiste révolutionnaire. L’histoire tranchera sur les mérites et démérites des uns et des autres, mais l’actualité a d’autres exigences.

 

 En 1991,  les communistes restés révolutionnaires dans le PCF, décidèrent enfin de s’organiser et fondèrent la Coordination Communiste (URCF aujourd’hui), qui opéra un travail précieux de regroupement des communistes du PCF.  La Coordination traça les perspectives pour que renaisse un authentique Parti Communiste, mais échoua tant à enrayer le cours liquidateur qu’à empêcher la désastreuse participation du PCF au gouvernement Jospin de guerre impérialiste en Yougoslavie. Dès lors confrontés à un appareil bureaucratique qui tenait toute l’organisation des congrès, face aux impasses de la lutte interne qui détournait de l’indispensable travail en direction des usines, la majorité des militants de la Coordination Communiste décidèrent de rompre avec le PCF et de s’engager dans la construction d’un nouveau Parti communiste. Ce choix partagé par une autre organisation « Communistes » dirigée par R. Perlican, fut à l’origine d’une scission dans nos rangs, touchant des camarades qui avaient contribué au développement de notre organisation, ces derniers fondèrent la « Coordination des militants Communistes » devenu le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF).

 

La réalité du mouvement  communiste en France est son éclatement en quatre organisations d’implantation nationale : L’URCF, le PRCF, « Communistes », le PCOF mais aussi de nombreux groupes locaux. Cette division profite avant tout aux liquidateurs du PCF, sème le désarroi, le découragement chez nombre de sympathisants susceptibles d’adhésion mais qui n’ont pas envie de choisir entre tel ou tel groupe.

 

 Est brouillée également l’existence d’un courant communiste révolutionnaire, à gauche du PCF, par son manque de visibilité dans les manifestations, au-delà de la combativité et de l’important militantisme des organisations existantes. A l’URCF, très active dans nombre de manifestations, luttes (comités de défense des services publics), des travailleurs nous rejoignent mais d’autres voudraient un véritable Parti Communiste révolutionnaire unique et unifié, avant de s’engager. On peut regretter une telle attitude, mais c’est une réalité du combat de classe.

 

Bien sûr, l’existence de plusieurs groupes communistes a des racines idéologiques, reflet de divergences réelles tant sur les causes de la liquidation du PCF que sur les voies de la reconstruction du Parti. Le facteur subjectif n’est pas absent, certains groupes sont issus de nos rangs, d’autres ont des différents anciens, le « cheffisme » agit, certains préférant agir à la tête d’un petit groupe que de se fondre dans une organisation plus importante.

 

En  janvier 2004, un groupe qui publie un excellent journal, le « collectif Militant Communiste » créé dans le but de contribuer à l’union des communistes, a lancé un appel à une rencontre pour adopter une position commune de boycott des élections européennes. L’URCF, parallèlement avec l’adoption de ses « 200 thèses » traçant le bilan historique du PCF, de l’URSS, de l’actualité des principes révolutionnaires de Marx-Engels-Lénine-Staline, partageait la même préoccupation.

 

Au-delà des différences d’organisation, des divergences existantes, les communistes doivent apprendre à frapper ensemble ! Le «  Collectif Militant Communiste » joue un grand rôle pour le dépassement des préventions et préjugés entre organisations. La première réunion rassembla : « la Coordination Communiste du Nord-Pas de Calais », « Communistes en lutte », Le « Collectif Militant Communiste » et l’URCF. Réunion productive, un appel commun fut adopté, une campagne commune de boycott des élections européennes fut menée faute entre autre de ne pas avoir les milliards pour présenter une liste. Fut décidé aussi de poursuivre l’unité d’action en la portant à une étape supérieure par son élargissement, à d’autres organisations : « Communistes » qui répondit négativement, le PRCF, le PCOF.

 

 Ces organisations acceptèrent de participer à une réunion commune avec  les trois signataires de l’appel précédent. Entre temps « Communistes en lutte »  tenant du boycott du référendum, s’est retiré du processus d’unité d’action des communistes. Le dialogue entre les 5 organisations communistes citées, même s’il ne porte que sur la campagne « tout pour la victoire du NON », revêt selon nous une grande importance. Une dynamique s’est créée, des militants au « sommet » et à la base ont appris à se connaître, à échanger, à frapper ensemble, c’est gage d’espoir pour l’avenir.

 

L’URCF  trouve positive entre autres, deux données, que le dialogue ait été renoué avec des camarades aujourd’hui au PRCF avec lesquels nous avons milité pendant 10 ans. Certes, des divergences réelles existent qu’on ne peut gommer. Mais l’unité d’action est le cadre le plus approprié pour apprendre à lutter contre le même ennemi capitaliste et procéder sans subjectivisme, aux nécessaires confrontations et démarcations idéologiques et politiques, « se démarquer pour mieux s’unir », nous enseigne Lénine.

 

Deuxième avancée, selon nous, c’est le dialogue avec le PCOF, donc entre organisations anti-révisionnistes  ayant rompu avec le PCF, dans des périodes différentes        ( années 60 et 90). L’expérience de cette organisation, dans l’édification du Parti, ne peut que contribuer à enrichir l’ensemble du mouvement communiste.

 

  Certes, ce ne sont que les premiers pas, notre expérience personnelle montre que l’on ne peut brûler les étapes. L’unité d’action doit devenir la règle, l’organisation d’actions en commun montrera notamment à la jeunesse qu’il existe de véritables communistes en France, accélèrera le processus de fusion avec les travailleurs en lutte.

 

Parallèlement, le dialogue doit permettre l’échange politique et idéologique sans complaisances à partir de positions de principe, la confrontation des points de vue. C’est ainsi que nous procédons avec le « Collectif Militant Communiste », en renforçant nos liens dans tous les domaines, sur la base d’une très large identité de vues.

 

 Le meeting du 5 mai (à l’appel de 5 organisations communistes), la campagne commune des communistes présentent donc un caractère décisif pour que le NON progressiste et internationaliste  apporte sa contribution au rejet du traité constitutionnel européen. C’est la notre modeste contribution internationaliste à la lutte des peuples contre la guerre, pour les droits démocratiques, les revendications sociales, le socialisme.

 

 

Jean-luc SALLÉ -  secrétaire général de l’Union des Révolutionnaires-communistes de France (U.R.C.F.)

 

 
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