Contribution de l'UNION REVOLUTIONNAIRE-COMMUNISTE DE FRANCE (U.R.C.F.)
L’INTERNATIONALE COMMUNISTE ET LA BOLCHEVISATION DU PCF : Un héritage d’avenir.
" La France est le pays classique de la lutte de classes " (Marx-Engels). En effet, la riche spontanéité de lutte du mouvement ouvrier l’a même conduit à l’établissement de la première expérience de dictature du prolétariat avec la Commune de Paris. Révolution sociale certes encore faible et inconséquente mais plus belle page de notre histoire révolutionnaire. Toutefois, les mérites de la classe ouvrière, dans notre pays, ne doivent pas occulter ses limites et même tendances lourdes.
La radicalité de la Révolution démocratique-bourgeoise de 1789-1793 a créé une tendance à subordonner le mouvement ouvrier à certaines fractions de la bourgeoisie " républicaine ", " démocratique ". Dans toutes les révolutions du 19éme siècle, cette subordination opéra. Cela nuisait au rôle indépendant qui doit être celui du prolétariat. Autre conséquence de cet héritage, une difficulté à saisir la nature de l’Etat bourgeois comme dictature de classe, le mythe d’un " Etat-arbitre " resta (et reste) très fort, de là découle le légalisme, c’est à dire le penchant à envisager la lutte exclusivement dans le cadre légal : celui le plus favorable à l’adversaire de classe. Dans cette déviation, le parlementarisme devient la principale et même l’unique forme de combat, les échéances de luttes stratégiques sont donc calquées sur le calendrier des institutions bourgeoises. Enfin, l’impérialisme français au début du XXème siècle s’était doté d’un immense empire colonial (le second au monde par la superficie). La bourgeoisie avait ainsi les moyens de corrompre un petite couche de militants ouvriers (souvent les plus instruits de la classe et donc ses chefs), cette couche : l’aristocratie ouvrière va alimenter un courant opportuniste continu dans le mouvement ouvrier français !
Corollaire de cet état de fait, l’impérialisme français va susciter dès " l’école républicaine " un fort courant de chauvinisme, dans toutes les couches de la population. Dans le mouvement socialiste, cela prendra la forme d’un national-républicanisme, forgé par Jean Jaurès mais qui imprègnera réellement la pensée et l’action du PCF. Cette forme particulière de nationalisme dans le mouvement ouvrier porte principalement sur une prétendue " mission universelle de la France " " afin d’apporter la démocratie et la civilisation ", en clair, une justification de " gauche " du colonialisme, une forme prolongée de subordination à l’Etat bourgeois, cela expliquera la trahison du parti socialiste, lors du déclenchement de la guerre impérialiste en 1914 et son ralliement à " l’union sacrée " !
Vers la naissance du PCF.
En France, le courant anti-guerre dans le mouvement ouvrier fut plus faible que dans d’autres pays comme la Russie, l’Allemagne, la Bulgarie. Avec la victoire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre 17, trois courants du mouvement socialiste se prononcèrent pour l’adhésion à l’Internationale Communiste.
1°/ les socialistes, héritiers de Jules Guesde, après leur soutien à la politique de guerre de " leur " impérialisme, progressivement avaient pris conscience des impasses de cette politique. Marcel Cachin, leur leader, était revenu enthousiaste d’un voyage en Russie Soviétique. L’assimilation avec la Révolution française n’était pas absente de ces analyses. Ce courant, sans doute le plus puissant dans les débuts du PCF, était d’inspiration centriste, sous-estimant l’apport et surtout les leçons du bolchevisme comme avant-garde du mouvement révolutionnaire mondial. Pour ces camarades, il s’agissait simplement de continuer le Parti socialiste guesdiste d’avant 1914.
2°/ les syndicalistes révolutionnaires. S’étaient manifestés contre la guerre, avaient même organisé des grèves mais sans grands résultats. Leur position idéologique restait fondamentalement anarcho-syndicaliste plus attachés au rôle des soviets qu’à comprendre la nécessité d’un parti d’avant-garde communiste guidant précisément la révolution et l’édification du socialisme.
3°/ Les soldats et marins, les premiers communistes. C’était le courant le plus avancé. Ceux qui avaient vécu les " horreurs de la boucherie impérialiste " comme Henri Barbusse s’étaient convaincus que les racines de ces maux se trouvaient précisément dans le capitalisme. Les marins français de la mer Noire (avec André Marty à leur tête) refusèrent de tirer sur leurs frères soviétiques lors de la guerre interventionniste impérialiste de 1918-1921. Des communistes vivant en Russie formèrent un groupe communiste français avec Jeanne Labourbe, une jeune institutrice, véritable fondatrice du courant communiste en France.
Lénine estimait que la fondation du PCF passait par le ralliement des éléments les plus avancés de ces trois courants, ses conversations en 1921 avec les syndicalistes Pierre Sémard et Gaston Monmousseau permirent au parti d’avoir des racines dans la classe à condition de transformer en communistes des éléments encore marqués par l’économisme.
La fondation du PCF : le congrès de Tours.
En France, pays vainqueur dans la guerre impérialiste, il n’y eut pas de situation révolutionnaire. La construction d’un parti communiste était rendue plus ardue, en raison du poids important des socialistes de guerre. Le congrès de Tours (1920) discuta du ralliement à l’Internationale Communiste. La lutte se déroulait outre la droite socialiste intégrée aux institutions bourgeoises contre le centre. Le centrisme, courant international, dont le plus éminent leader était l’ancien orthodoxe devenu révisionniste : Karl Kautsky avait des racines profondes dans le mouvement ouvrier français. Le mouvement ouvrier français s’est toujours caractérisé par son faible niveau théorique, souvent la " phrase de gauche ", la pose sectaire servent d’identité prétendue révolutionnaire. Jugeant les centristes français, leur leader Longuet en tête, Lénine dresse ce réquisitoire impitoyable : " Une partie des anciens chefs et des anciens partis de la Seconde Internationale ; tantôt cédant plus ou moins inconsciemment devant les désirs et la volonté des masses, tantôt les trompant consciemment pour conserver leur ancienne situation d’agents et d’auxiliaires de leur bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, proclament leur adhésion conditionnelle et même inconditionnelle à la
IIIème Internationale, tout en restant en fait dans tout leur travail pratique et politique sur les positions de la Seconde Internationale " ( VI.Lénine : " Œuvres Complètes. Tome 31 pp.186-187).
A ce congrès, les centristes posaient des conditions à leur adhésion à l’Internationale communiste. Ils s’appuyaient sur de prétendues traditions françaises pour refuser le principe d’exclusion des éléments opportunistes, jugé incompatible avec la " liberté d’opinion ", toute organisation du travail illégal comme " blanquisme ". De même, le centrisme de Longuet refusait tout centralisme démocratique organisationnel, afin d’assurer la pérennité du rôle dominant des parlementaires et journalistes. L’Internationale Communiste montra aux futurs communistes français, la nécessité d’une position de principe. Pour contrer, les tentatives des centristes de social-démocratiser le Komintern, Lénine définit alors 19 conditions d’adhésion à la III ème Internationale (plus deux supplémentaires au congrès de Tours), caractérisant le parti de type nouveau, pour former de véritables partis communistes. La rupture avec le social-démocratisme de la Seconde internationale s’opère autour de la reconnaissance du travail illégal couplé à la recherche de toutes possibilités légales d’exercice de la lutte, à la stricte subordination du groupe parlementaire au Comité central du parti, à la nécessité de la lutte anti-coloniale, enfin à la reconnaissance de la nécessité de la révolution et de la dictature du prolétariat.
L’Internationale et les premiers pas du PCF.
La formation qui naît au congrès de Tours d’une scission d’avec la social-démocratie, le PCF, est à ses débuts plus une formation socialiste de gauche qu’un réel parti communiste tant politiquement, idéologiquement que dans le domaine de l’organisation.
L’Internationale Léniniste va aider de manière décisive le jeune PCF à combattre les survivances du réformisme.
La question du Front Unique.
Constatant que de nombreux détachements du prolétariat restait sous l’hégémonie de la social-démocratie, le IIIème congrès du Komintern lança le mot d’ordre " allez aux masses " afin de gagner la majorité de la classe ouvrière, en brisant l’influence de l’opportunisme. Une nouvelle tactique appropriée fut adoptée : le front unique prolétarien qui impliquait la participation active des communistes aux luttes sociales, politiques, anti-guerre. Front unique qui devait se réaliser, en lançant l’appel à l’unité d’action aux organisations de base social-démocrates pour organiser l’unité prolétarienne de combat ou en cas de refus réformiste de démasquer la trahison des intérêts ouvriers et populaires. Le PCF fut hostile à cette tactique. Le gauchisme verbal camouflait mal la réelle rhétorique électoraliste qui était la source de l’opposition de la direction PCF à cette tactique. On craignait qu’aux élections, l’unité d’action ne débouche sur un renforcement électoral du parti socialiste. Les illusions légalistes battaient leur plein !
La question de la lutte contre la guerre.
Le jeune PCF restait marqué par les traditions pacifistes de la Seconde Internationale. Les éléments opportunistes prônaient une paix basée sur la collaboration de classe et le recours à la SDN (Société des nations). Des éléments anarchisants ne voyaient dans la lutte contre la guerre que le seul recours à l’insoumission, démarche individuelle qui tournait le dos aux enseignements léninistes de travail politique dans l’armée bourgeoise afin de contribuer à sa décomposition. La résolution majoritaire au congrès de 1921 repoussa ces points de vue et appela l’ensemble du parti à dénoncer les préparatifs de guerre de l’impérialisme français, à assurer la défense de l’indépendance nationale du peuple allemand. L’Internationale salua ces progrès mais souligna les sérieuses insuffisances : toutes les guerres étaient analysées comme des guerres de conquête, ce qui montrait la non-assimilation des thèses léninistes sur la possibilité de guerre juste de la part d’un Etat ouvrier et paysan ou du peuple d’un Etat opprimé contre l’impérialisme agresseur. Plus grave était " l’oubli " de toute référence aux justes guerres de libération des peuples coloniaux contre la métropole impérialiste, malgré les exigences d’Ho Chi Minh, alors militant du PCF !
La question paysanne.
L’héritage sur cette question était marqué par une sous-estimation et une incompréhension de la question paysanne. La leçon de Marx sur le danger d’un " solo funèbre " n’avait guère été prise en compte en France. Le jeune PCF formulait la revendication juste et inédite dans le mouvement ouvrier français : " la terre à ceux qui la travaillent ! ". Dans son article " A propos des thèses du PCF sur la question agraire ", Lénine donna une appréciation positive du programme agraire : " les idées essentielles de ces thèses me paraissent parfaitement exactes(…) et fort bien formulées " (Tome 33, p 128). Lénine toutefois, souligna les insuffisances du programme des communistes français, l’insuffisance du lien entre les revendications paysannes et la lutte contre la guerre. Le grand dirigeant bolchévik critiquait aussi l’analyse selon laquelle, la concentration de la propriété agraire était lente. Lénine démontra que 10 % des exploitations couvraient déjà 50 % des terres cultivées. L’Internationale appelait à ne pas sous-estimer la pénétration du capitalisme à la campagne, à montrer que cette dernière ruine et paupérise le petit paysan. L’avenir du paysan-travailleur ne peut résider que dans le socialisme, l’alliance avec le prolétariat, les coopératives de production (kolkhozes).
La question coloniale.
Dans ce domaine, l’héritage social-démocrate était encore plus lourd à surmonter. La domination de l’aristocratie ouvrière dans le parti socialiste avait suscité un fort courant chauvin qui voyait dans la colonisation : le moyen " de civiliser les coloniaux ", position faite de paternalisme et de racisme à peine camouflé, ignorant la potentialité révolutionnaire des peuples opprimés. La consolidation d’un véritable parti communiste passait par la rupture avec la politique social-chauvine et même social-impérialiste du réformisme : " le léninisme a détruit le mur qui séparait Blancs et Noirs, Européens et Asiatiques, esclaves " civilisés " et " non- civilisés " de l’impérialisme (…) la question nationale est devenue la question universelle de la libération des peuples opprimés des pays dépendants et des colonies du joug de l’impérialisme ". (JV.Staline. " Les questions du léninisme ". P 70. éd. de Pékin.).
Le Komintern fit de nombreuses recommandations aux communistes français, celle notamment de partir des revendications quotidiennes des peuples coloniaux comme étape indispensable de leur prise de conscience révolutionnaire. En 1924, le PCF défendit des revendications démocratiques : suppression du " code de l’indigénat ", présentation d’ " indigènes " au parlement (ils ne bénéficiaient alors d’aucun droit de citoyenneté). En 1924, Le dirigeant du Komintern Dimitri Manouilsky critiqua le PCF, fort justement, " Je demande aux camarades français, dans quels documents ils ont proclamé le droit à la séparation des colonies ? ". Le Vème congrès de l’Internationale lança un appel à une solide alliance entre mouvement libérateur des colonies et prolétariat des Etats impérialistes. Le PCF opéra une réorientation dans ce sens, un article théorique proclamait une thèse importante bien oubliée par la suite par le PCF dans les années 30, 40, 50. " Ce serait une erreur de croire qu’il faut attendre la révolution communiste en Europe pour libérer la masse des pays coloniaux du joug impérialiste " (Cahiers du Bolchévisme. N°7 .1925).
En pratique, le PCF se lança dans la bataille contre la guerre du Rif (Maroc) déclenchée par l’armée française ( 1925). Les mots d’ordre et les formes de lutte étaient claires : " Vive l’évacuation du Maroc ", " Vive l’indépendance totale du Maroc ! ". L’Internationale communiste appuya l’action menée contre la guerre coloniale, qui constituait une rupture non négligeable avec les traditions chauvines de la social-démocratie, sans pour autant négliger la critique des insuffisances : " Pendant la guerre du Rif, on délaissa complètement le travail parmi les ouvriers marocains en France pour lui montrer la position du parti, clarifier et affermir ses premières notions de classe acquises sous l’influence des lois économiques " (Cité par Etudes et documents ML, n°1, p.62). Cela montrait une difficulté récurrente du PCF à lier travailleurs français et immigrés contre l’impérialisme français.
L’Internationale en lutte pour la bolchévisation du PCF.
Les survivances du social-démocratisme restaient profondes dans le PCF. Lénine avec la fermeté et l’optimisme révolutionnaires qui le caractérisait, écrivait : "Il n’est pas possible que la classe ouvrière en France avec ses splendides traditions révolutionnaires, sa haute culture, son esprit de sacrifice, son magnifique tempérament combatif ne crée pas un puissant parti communiste, à l’heure où commence l’agonie de la société bourgeoise ".
Le chemin était difficile pour rompre avec les traditions routinières, parlementaristes, opportunistes léguées par la social-démocratie. Concernant l’organisation, selon des normes encore " menchéviques ", les adhérents et les sympathisants étaient confondus, la division capitaliste du travail était reproduite entre " décideurs " d’origine intellectuelle et " exécutants ", le PCF était organisé sur une base territoriale propre peut-être aux élections mais pas aux combats de classe, la lutte d’entreprise était l’apanage du syndicat (survivance de l’anarcho-syndicalisme) et le parti s’occupait des élections !
La bolchevisation va s’attaquer à la racine de toutes ces déviations. Son objectif est d’assurer la transformation qualitative des partis héritiers de la seconde internationale en véritables partis marxistes-léninistes. Dans le domaine organisationnel, l’Internationale va guider le PCF pour devenir une formation structurée autour des cellules d’usine. Il s’agissait de faire des entreprises des bastions de la lutte de classe, d’assurer la lutte d’avant-garde contre l’impérialisme et sa politique de crise et de guerre, par la préparation des grèves générales et des grèves politiques de masse.
De nouveaux droits et exigences furent formulés à l’égard des militants de base : éducation massive par la création d’écoles du parti avec une diffusion et une étude des œuvres de Marx et Lénine, le militantisme obligatoire dans un organisme de base. L’objectif fixé par l’Internationale fut de parvenir à dégager un noyau dirigeant stable.
Dans le domaine idéologique, l’Internationale apporta une importante contribution pour aider les communistes français à surmonter leurs déviations historiques. Ce fut tout d’abord la lutte constante contre les tendances chauvines, encore fortes dans le prolétariat français. Ainsi, à titre d’illustration, la CGT U (syndicat de lutte de classe) adopta une résolution à la fin des années 20 demandant " le contrôle de l’immigration " pour sauver l’emploi des autochtones ! Les syndicalistes membres du PCF combattirent ce point de vue étroit, nationaliste et parvinrent à avoir gain de cause. Toutefois, l’unité de combat ouvriers immigrés/ouvriers français fut facilitée par la création de la MOI (main d’œuvre immigrée) section du PCF qui jouera un rôle considérable notamment dans la lutte armée contre le fascisme. A plusieurs reprises, Staline et l’Internationale soulignèrent les bases matérielles fortes pour alimenter la déviation de droite (conciliation avec le réformisme), en raison du caractère colonial de la France. L’Internationale recommanda d’opérer un travail approfondi dans les secteurs de l’immigration où les préjugés légaux, parlementaristes n’avaient pas ces mêmes racines.
L’Internationale invita le PCF à faire le bilan critique de son double héritage : le matérialisme économiste, mécaniste et le sectarisme de Guesde d’un côté et de l’autre le révisionnisme de Jaurès, au-delà des mérites historiques de ces deux grandes figures. Cette révolution culturelle (la bolchevisation) était nécessaire car Guesde et Jaurès étaient aussi le produit de l’histoire du mouvement ouvrier français, conséquence : sans analyse critique et rupture avec les aspects négatifs de cet héritage, le PCF ne pourrait rester longtemps sur les positions matérialistes révolutionnaires. Prenons la question de la théorie marxiste de l’Etat très faiblement assimilée en France où l’idée dominante était de " continuer " la révolution démocratique bourgeoise !
Dans le domaine politique, le programme adopté au VIème congrès de l’Internationale Communiste et les thèses du IX plénum du Comité exécutif, en lien avec la crise économique montante et la fin de la période de stabilisation du capitalisme jetèrent les bases d’une nouvelle tactique : classe contre classe. Cette tactique partait du glissement à droite continu de la social-démocratie comme auxiliaire de la politique de guerre de l’impérialisme et surtout de son intégration renforcée aux divers corps de l’appareil d’Etat bourgeois. Les partis communistes devaient gagner l’hégémonie du prolétariat en rassemblant à la base toutes les victimes de la crise y compris bien sûr les ouvriers social-démocrates, chrétiens etc. Le parti communiste devait se positionner en pivot des forces populaires unies autour d’un programme revendicatif de combat. En France, au second tour des élections législatives et communales, la tradition du " désistement républicain pour le candidat de gauche arrivé en tête " était la règle même après la création du PCF. En clair, le PCF dénonçait le réformisme et la trahison de classe de la social-démocratie puis appelait à " battre la réaction ". Cette tradition héritée du XIXème siècle opposant les " blancs " et les " rouges " introduisait dans l’esprit des larges masses, la conviction que la social-démocratie n’était pas une formation au service du capital mais un " moindre mal ", ce qui ouvrait un espace permanent au maintien de l’influence réformiste sur la classe ouvrière. La tactique classe contre classe signifiait poser des conditions politiques aux candidats socialistes afin de frapper ensemble et de faire grandir le front unique. C’était un désistement éventuel conditionné par l’unité d’action autour des revendications vitales.
La bolchévisation du PCF suscita une vive opposition des derniers secteurs influencés par le trotskisme qui dénonçaient " l’imposition des méthodes russes ! " mais aussi des droitiers qui restaient prisonniers d’un démarche électoraliste, ces deux courants furent vaincus ! La bolchévisation eut d’immenses mérites : elle permit au PCF de faire émerger une véritable formation communiste en France durant plusieurs décennies, d’organiser puissamment le parti dans les entreprises, de diffuser le marxisme-léninisme chez les éléments les plus avancés du prolétariat, de faire émerger un groupe dirigeant qui conduira le parti plus de trois décennies : M. Thorez, J. Duclos, B. Frachon.
Toutefois, la conjoncture mouvante et dramatique avec la montée du fascisme et du danger de guerre impérialiste contre l’URSS allaient conduire le mouvement communiste international à adopter la juste tactique de Front Populaire contre le fascisme. Le processus de bolchévisation des rangs communistes ne fut pas poursuivi, l’analyse critique des déviations historiques du mouvement ouvrier français cessa. Dans la lutte contre le fascisme, le PCF eut des mérites importants, reconnus par le mouvement communiste international.
Dans notre étude pour le séminaire de Bruxelles en 2000, nous avons signalé tant pour le front populaire que pour la résistance antifasciste, la réactivation de déviations bien connues : légalisme, parlementarisme, tendances à l’unité seulement au sommet, chauvinisme et incompréhension de l’alliance de classe entre travailleurs de la métropole et peuples colonisés, enfin perte des repères de classe concernant l’analyse matérialiste de l’Etat comme dictature de classe. Ces erreurs furent autocritiquées dans les années 30 et 40 mais devinrent l’expression du " socialisme à la française " après la victoire du courant révisionniste au
XX ème congrès du PCUS.
La construction d’un réel et nouveau parti communiste, après la définitive social-démocratisation du PCF exige la connaissance et l’application créatrice de l’héritage politique, idéologique de l’Internationale Communiste pour permettre à la classe ouvrière en France de se doter de son outil d’émancipation révolutionnaire !
JL. SALLE. Secrétaire général de l’URCF, le 6 mai 2006.