Discours à la 61e session de l'ONU
A propos des essais de missile

Discours de M. Choe Su Hon, président de la délégation de la République populaire démocratique de Corée, à la 61e Session de l'Assemblée générale des Nations unies

Madame la présidente, permettez-moi d'abord, au nom de la délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), de vous féliciter, madame Sheikha Haya Rashed Al Khaifa, pour votre élection à la présidence de cette session.

Madame la présidente, le désir de l'humanité de vivre dans un monde de paix et de prospérité dans ce nouveau centenaire se heurte à de graves défis. Les gestes unilatéraux et tyranniques de la superpuissance deviennent aventuriers en foulant au pied les principes du respect de l'égalité souveraine de tous les pays, le fondement même de la Charte de l'ONU, et cela crée de graves inquiétudes dans la communauté internationale. Qui plus est, on assiste à l'invasion d'États souverains directement ou sous couverts divers, souvent sous prétexte de «non-prolifération» et d'«anti-terrorisme», et il en résulte le massacre d'innocents et une grave atteinte à la paix et la sécurité dans le monde. Les menaces et les gestes tyranniques de la superpuissance envers la RPDC se font de plus en plus ouvertement.

Les manoeuvres aventurières des États-Unis, comme les exercices militaires et le blocus économique contre la RPDC, continuent d'être tolérées alors que des essais de lancement de missile de notre armée, qui font partie de son entraînement de routine pour la défense de la patrie, sont condamnés comme «une menace à la paix et à la sécurité internationales». Nous en tirons que seul un pays armé d'un pouvoir de dissuasion est capable de sauvegarder sa dignité et sa souveraineté.

Là résident la nécessité et la justesse de la politique du Songun du général Kim Jong Il, respecté dirigeant de notre peuple. Le Songun est la garantie que la RPDC pourra sauvegarder sa souveraineté et sa sécurité et réaliser la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans le reste de la région face à la politique de plus en plus hostile des États-Unis envers elle. La possession d'un pouvoir de dissuasion, uniquement à des fins défensives, est également une contribution à la cause de la paix et de la sécurité des pays de la région et d'un environnement pacifique.

Madame la présidente, comme nous le savons, le peuple coréen a vécu une histoire tragique sous l'occupation militaire tyrannique du Japon pendant près d'un demi-siècle et vit une histoire tragique à cause de l'état de guerre imposé par les États-Unis depuis plus de soixante ans. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre combien il aspire à la paix plus que tout autre. Aujourd'hui la péninsule coréenne continue de vivre des tensions critiques et la confrontation constante plutôt que de jouir de la paix durable et de la sécurité. La source de ces tensions et de cette confrontation est nulle autre que la politique hostile des États-Unis envers la RPDC. Le problème nucléaire sur la péninsule est également un produit des menaces nucléaires américaines.

La politique des États-Unis envers la RPDC dépasse les simples gestes d'hostilité, car elle fait planer la menace nucléaire et considère la RPDC comme faisant partie d'un «axe du mal», sujet à des attaques nucléaires préventives, ce qui force la RPDC à se doter d'un pouvoir de dissuasion nucléaire. Le gouvernement de la RPDC maintient néanmoins que la dénucléarisation de la péninsule coréenne peut se faire de manière pacifique par le dialogue et la négociation.

Il est connu que l'élément essentiel de la Déclaration conjointe du 19 septembre 2005 adoptée par les participants des négociations à six est l'engagement de la RPDC à renoncer à son programme nucléaire et à vivre la coexistence pacifique. Cette déclaration engage aussi les États-Unis. La RPDC s'en tient au respect mutuel de toutes les dispositions de la Déclaration conjointe. Il est évident qu'elle en bénéficiera et c'est pourquoi elle est plus résolue que tout autre à poursuivre les négociations à six.

Or, les États-Unis, aussitôt la Déclaration conjointe annoncée, ont imposé des sanctions financières à la RPDC, son partenaire de dialogue, et ont répudié la feuille de route menant à la prochaine ronde des pourparlers, avec comme résultat l'impasse actuelle. À la lumière de ces faits, il est on ne peut plus clair que les États-Unis ne désirent pas la poursuite des négociations à six et la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ils ne désirent qu'une seule chose, et c'est l'accroissement des tensions sur la péninsule coréenne pour ensuite s'en servir comme prétexte pour accroître leurs présence militaire dans le Nord-Est asiatique. Ils espèrent freiner la croissance de la RPDC et de ses voisins dans le cadre de leur stratégie pour réaliser la suprématie mondiale. Telles sont les véritables intentions des États-Unis. Il est absurde que la RPDC, sous le coup de sanctions américaines non fondées, participe aux négociations. Pour nous c'est une question de principe et là-dessus nous ne ferons pas de concession.

Je désire profiter de l'occasion pour exprimer notre profonde gratitude envers les pays membres des Nations unies pour le soutien et l'encouragement qu'ils n'ont cessé de donner à la RPDC dans la poursuite d'un règlement pacifique de la question nucléaire sur la péninsule coréenne

Madame la présidente, en ce qui concerne la réunification de la Corée, le plus grand souhait de notre nation est de la réaliser le plus tôt possible comme condition à l'établissement d'une paix durable et de la sécurité sur la péninsule coréenne. La Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000 est l'expression du désir de la nation coréenne de réaliser l'indépendance et la réunification pacifique sans ingérence étrangère. Or il est regrettable que le ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce se soit permis de faire, ici à ce podium le 21 septembre, des commentaires sur les causes fondamentales des tensions sur la péninsule coréenne sans dire un seul mot à propos de l'application de la Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin.

Cela nous consterne. C'est déjà un fait bien connu que la présence militaire américaine en Corée du sud, la doctrine américaine des frappes nucléaires préventives contre la RPDC, les manoeuvres militaires conjointes continuelles des États-Unis et de la Corée du sud, la livraison massive d'équipements militaires de toutes sortes à la Corée du sud, y compris des armes de destruction massive, et les quelques centaines de vols de reconnaissance des États-Unis au-dessus de notre territoire à chaque mois sont les principaux facteurs de tensions et de déstabilisation dans la péninsule coréenne.

D'autre part, jusqu'à présent l'application de la Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin connaît des reculs à cause des manoeuvres persistantes des États-Unis, qui ne sont pas en faveur de l'amélioration des relations inter-coréennes. Les États-Unis veulent maintenir en Corée du sud des mécanismes juridiques comme «la loi de la sécurité nationale» qui stipule que nos concitoyens sont des ennemis et leur nie les droits humains fondamentaux, ce qui va à l'encontre de l'idéal «Par notre nation elle-même», le principe fondamental de la déclaration.

Sous la bannière de la Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin et de son idéal «Par notre nation elle-même», le gouvernement de notre république réalisera certainement la réunification nationale en favorisant la coopération dans les trois domaines que sont l'indépendance nationale, la paix contre la guerre et le patriotisme pour la réunification.

Madame la présidente, pour que les Nations unies s'acquittent de leur responsabilité envers le maintien de la paix et de la sécurité internationales, des mesures pratiques doivent être prises contre les gestes unilatéraux et tyranniques qui empêchent l'établissement de rapports internationaux justes et équitables. Par ailleurs l'ONU doit être démocratisée de façon à ce que toutes les questions internationales puissent être résolues conformément aux intérêts communs des pays membres. À cet égard, nous sommes d'avis qu'une des façons raisonnables d'y parvenir est de retirer le pouvoir de rédiger des résolutions des mains du Conseil de sécurité et de le remettre à l'Assemblée générale de l'ONU quand il s'agit de questions concernant la paix et la sécurité internationales, comme l'utilisation de la force par exemple.

Il est également impératif de s'assurer que le Conseil de sécurité des Nations unies, responsable pour la paix et la sécurité internationales, s'en tienne strictement au principe de l'équité dans ses activités. Le Conseil de sécurité doit être une instance qui répond de la volonté de l'Assemblée générale en faisant des contributions réelles à la paix et la sécurité internationales plutôt que de servir à certains pays à légaliser leurs intérêts stratégiques.

Le fait que le Conseil de sécurité demeure indifférent face aux empiétements sur la souveraineté et face au massacre de civils dans les pays arabes, comme avec l'invasion de l'Iraq par les États-Unis et l'agression du Liban par Israël, offre un exemple typique d'irresponsabilité, d'inéquité et de la pratique de deux poids, deux mesures. La réforme du Conseil de sécurité qui fait présentement l'objet de débats doit se faire dans le sens d'assurer d'abord et avant tout l'équité dans son propre fonctionnement et doit faire en sorte que les pays non alignés et en voie de développement, qui forment la vaste majorité des pays membres de l'ONU, soient pleinement représentés au Conseil.

En ce qui concerne l'élargissement du Conseil par l'ajout de membres permanents, un pays comme le Japon, le criminel de guerre qui a envahi les pays asiatiques et commis le massacre d'innocents, et qui déforme son passé plutôt que de rompre avec lui, ne doit jamais devenir un membre permanent du Conseil de sécurité.

Madame la présidente, le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée continuera de développer des relations d'amitié et de coopération avec tous les pays membres qui respectent sa souveraineté conformément aux idéaux de sa politique étrangère (l'indépendance, la paix et l'amitié) et qui contribuent à la paix et la sécurité dans le monde et au développement durable. Merci.

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Déclaration du ministère des Affaires étrangères de la RPDC à propos des essais de missile du 4 juillet

Le 6 juillet, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC a fait la déclaration suivante en réponse à une question posée par l'agence de nouvelles KCNA à propos de l'essai de missiles du 4 juillet:

Depuis le lancement de missiles par l'Armée populaire de Corée (APC), les États-Unis et plusieurs autres pays, dont le Japon, font beaucoup de tapage à l'effet qu'«une situation grave» a été créée. Ils qualifient les essais de missile de «violations» et de «provocations» et demandent des sanctions et que l'affaire soit renvoyée au Conseil de sécurité de l'ONU.

Les récents tests faisaient partie d'exercices militaires de routine de l'APC pour accroître la capacité de défense militaire. L'exercice par la RPDC de son droit légitime en tant qu'État souverain n'est limité par aucune loi internationale ou entente bilatérale ou multilatérale, telle que la Déclaration de Pyongyang entre elle et le Japon et la déclaration conjointe des négociations des six parties. La RPDC n'est pas signataire du Régime de contrôle de la technologie relative aux missiles et n'est donc pas liée par des engagements à cet égard.

Quant au moratoire sur les essais de missile à longue portée convenu entre la RPDC et les États-Unis en 1999, il n'était valide que dans la mesure où le dialogue entre les deux pays se poursuivait. Or, le gouvernement Bush a annulé toutes les ententes conclues par le gouvernement précédent avec la RPDC et s'est complètement retiré du dialogue bilatéral. La RPDC a déjà fait savoir dans un communiqué officiel en mars 2005 que le moratoire sur les missiles à longue portée n'était plus valide.

La même chose s'est produite avec le moratoire sur les essais de missiles à longue portée convenu avec le Japon dans le cadre de la Déclaration de Pyongyang de 2002. Dans cette déclaration, la RPDC exprime son «intention de prolonger au-delà de l'année 2003 le moratoire sur les essais de missile conformément à l'esprit de la déclaration». La RPDC prenait cet engagement à la condition que le Japon pose des gestes dans le sans de la normalisation de ses rapports avec elle et rompait avec le passé. Mais les autorités japonaises ont abusé de notre bonne foi. Elles n'ont pas respecté leurs engagements et ont plutôt choisi d'internationaliser la question des «enlèvements», obéissant à la politique hostile des États-Unis envers la RPDC, et ce après que la RPDC ait clarifié l'affaire. Ce comportement de la part du Japon a ramené les rapports entre nos deux pays à ce qu'ils étaient avant la signature de la déclaration.

C'est dans l'esprit d'ouverture que la RPDC a reporté ses essais de missile jusqu'à maintenant. La déclaration conjointe des six parties aux pourparlers le 19 septembre 2005 stipule que les six parties s'engagent à poursuivre les pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Mais presqu'aussitôt la déclaration adoptée, les États-Unis ont imposé des sanctions financières à la RPDC. Ils ont en même temps saboté tous les efforts pour la mise en oeuvre de la déclaration conjointe par le recours aux menaces et au chantage au moyen d'exercices militaires de grande envergure contre la RPDC.

Il est clair, dans ces conditions, que la RPDC n'a plus besoin de reporter les essais de missiles. L'affirmation des États-Unis et du Japon que les essais de routine effectués par l'APC pour renforcer sa capacité de défense accroissent les tensions régionales et bloquent de progrès des pourparlers est une falsification choquante de la réalité.

L'histoire et la réalité des relations internationales nous enseignent, notamment avec la crise en Irak aujourd'hui, que le bouleversement de l'équilibre des forces mène inévitablement à l'instabilité et à la crise et peut causer le déclenchement de la guerre.

Si la RPDC ne s'était pas dotée une force de dissuasion imposante, les États-Unis l'auraient attaquée plus d'une fois, maintenant qu'ils la considèrent comme faisant partie d'un «axe du mal» et une cible possible d'«attaque nucléaire préventive». Et la paix dans la péninsule coréenne et dans la région en serait gravement menacée. Le développement de la technologie des missiles, les essais, la fabrication et le déploiement de missiles par la RPDC sont donc essentiels au maintien de l'équilibre des forces et à la préservation de la paix et de la stabilité dans le Nord-Est asiatique.

Il est absurde de leur parte de qualifier les essais de missile de «provocation» parce que la RPDC n'a pas donné de préavis. Ce serait une grave bêtise d'avertir Washington et Tokyo du lancement de missiles à l'avance, quand on sait que les États-Unis, qui sont encore officiellement en état de guerre avec la RPDC, ont déclaré il y a un mois qu'ils intercepteraient ces missiles avec la collaboration du Japon. Il faudrait demander aux États-Unis et au Japon pourquoi ils n'avertissent jamais la RPDC quand ils lancent leurs missiles près de la péninsule coréenne. La RPDC demeure résolue dans sa volonté de dénucléariser la péninsule coréenne d'une manière négociée et pacifique, tout comme elle s'est engagée à le faire dans la déclaration conjointe des négociations à six du 19 septembre.

À notre avis, les essais de missile que nous venons d'effectuer n'ont aucune incidence sur les négociations à six. L'APC continuera d'effectuer des essais de missile pour continuer d'accroître sa force de défense par la dissuasion. La RPDC se verra forcée d'agir plus forcément, par d'autres voies, si certains pays décident d'accentuer les pressions sur elle à cause de ces essais

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