Nous reproduisons l'intervention du Président de Racines Cubaines dans le cadre du forum de Porto Alegre
L'association Racines cubaines était invitée par France Cuba/Ivry dans le cadre du Forum Social à Ivry du 29 au 30 janvier 2005, pour participer à l'Atelier « Résistance et Rupture » en relation avec le Forum de Porto Alegre.
Participaient à cet atelier des associations représentant la Palestine, les Saharaouis, la communauté des Chiapas, Porto Alegre, le Cercle bolivarien pour le Venezuela et Racines cubaines.
Le représentant des Saharaouis a salué Cuba qui aide son petit peuple d'un million d'habitants oubliés de tous par l'envoi de médecins, d'enseignants, l'accueil d'étudiants à Cuba.
Le représentant du Cercle Bolivarien a magistralement présenté la rupture que propose la nouvelle Constitution Bolivarienne, rappelé la collaboration entre Cuba et le Venezuela dans les programmes d'alphabétisation de 1,8 million d'habitants au Venezuela. Il a cité les programmes de Barrio Adentro auxquels sont associés des médecins cubains. Ila su nous faire ressentir l'immense espoir que représentait pour le peuple vénézuelien l'élection du Président Hugo Chavez, l'adoption de la nouvelle constitution et la mise en place de l' Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) proposé par Hugo Chávez, projet qui met en avant la souveraineté, l'identité et l'indépendance, qui repense les relations politiques et économiques entre les pays de l'Amérique Latine sur la base du respect, de la coopération en vue d'un vrai développement et de la complémentarité économique.
C'est une réponse à l'ALCA, projet étasunien de libre-échange entre l'économie des Etats-Unis, la plus riche et les économies latino-américaines et caribéennes frappées par le sous-développement. L'ALCA, si elle est mise en place, aboutira à terme à la domination absolue, politique, commerciale et culturelle, des pays de l'Amérique Latine par les Etats-Unis. (les premiers accords de l'ALBA ont été signés entre le Venezuela et Cuba le 14 décembre 2004 et 2005 sera "année de l'ALBA à Cuba ")
Le forum d'Ivry a témoigné de la lutte des peuples pour leur souveraineté contre l'impérialisme, de l'engagement des associations présentes….
Intervention de Pablo Luis González, Président de Racines cubaines au Forum Social à Ivry le 29 Janvier 2004
"Je m'appelle Pablo et je suis cubain, résidant en France. Je parle aujourd'hui an nom des cubains ici présents et des 11 millions de cubains qui ne peuvent pas s'exprimer sur les medias des pays capitalistes.
Je vais essayer en 10 minutes de vous donner des éléments de réflexion qui vous permettront de comprendre pourquoi on peut dire que Cuba propose une alternative au néolibéralisme. Premièrement, un repère historique : Après 2 guerres d'indépendance contre l'Espagne, que nous avons perdues à cause des divisions, les patriotes cubains se sont regroupés autour du Parti Révolutionnaire Cubain fondé par José Martí en 1892, parti unique qui rassemblait les indépendantistes. Deuxièmement, un repère géographique : Cuba est un petit pays du Tiers Monde à 180km des Etats-Unis, lesquels ont toujours eu des ambitions annexionnistes et n'ont jamais accepté notre souveraineté. Avant la Révolution, Cuba était une néo-colonie des Etats-Unis. Encore aujourd'hui, ils occupent la base de Guantanamo sur le territoire cubain, contre notre volonté. C'est dans ces conditions : nécessité de l'unité du peuple uni autour d'un seul parti et de ses dirigeants et nécessité de résister à l'agression des Etats-Unis que nous avons construit une nouvelle société. Cette société, les Cubains l'ont construite en rupture avec tous les modèles capitalistes, en s'appuyant sur les enseignements du père fondateur José Martí, avec et pour le peuple. Pour les cubains les mots indépendance, souveraineté, unité, non discrimination, justice sociale, solidarité, pouvoir populaire, ce sont des mots qui ont du sens parce que nous les mettons en pratique tous les jours que rien ne se fait sans que le peuple ne soit consulté Je peux le dire avec fierté, nous avons inventé notre propre système de démocratie participative car rien ne se fait à Cuba sans que le peuple ne soit consulté. Il y a à Cuba 2200 organisations qui ont la capacité de proposition, de consultation dans le cadre de la démocratie participative . On me dit souvent : Mais il n'y a pas d'élections à Cuba. Faux, il y a des élections à Cuba, au suffrage universel et secret. Les électeurs sont inscrits automatiquement à 16 ans et le vote n'est pas obligatoire. Les candidats sont choisis parmi les habitants dans des réunions publiques. Il y a dans tout le pays des milliers de réunions publiques pour chaque élection. Nous n'avons pas de campagnes électorales qui coûtent des fortunes et nos élus ne sont pas payés comme les députés ici. On me dit aussi : Oui, mais vous n'avez qu'un seul parti. Nous avons connu le pluripartisme de 1902 à 1959 : 57 partis et pour quels résultats ? Racisme, 60% d'analphabétisme, discrimination des femmes, chômage. Alors oui, nous n'avons qu'un seul parti : Le Parti communiste qui n'est pas un parti électoral comme dans les démocraties libérales bourgeoises..
La Constitution de la république de Cuba l'a reconnu par choix et par décision souveraine du peuple et il est le garant de l'unité et de l'indépendance de tout le peuple parce que son unique raison d'être, c'est de préserver les acquis de la révolution. On me dit aussi : il n'y a pas de liberté d'expression. Faux. Tout le monde peut dire ce qu'il veut à Cuba. Ce qui est interdit et condamné, c'est la trahison, c'est collaborer avec nos ennemis.
Vous devez comprendre que notre démocratie s'est construite dans un contexte de résistance à l'agression permanente des Etats-Unis. Depuis le début de la Révolution, les Etats-Unis ont utilisé tous les moyens pour nous détruire création d'une contre-révolution interne, blocus économique, financier et commercial qui dure depuis 46 ans agressions militaires et bactériologiques menace d'extermination nucléaire pendant la crise des missiles guerre médiatique et diplomatique.
Quand l'Union soviétique et les pays de l'Est se sont effondrés, nous avons continué à résister malgré le renforcement du blocus en 92, en 96 et en mai 2004. Le peuple de Cuba résiste et continuera de résister et il continuera à trouver les ressources pour que aucun citoyen ne soit abandonné. Car la vraie démocratie, c'est de penser au bien-être de tous, c'est lorsqu'il y a des décisions difficiles à prendre, penser d'abord à l'intérêt collectif et non pas à l'intérêt de quelques uns. Je vais vous donner un exemple : au moment de la restructuration de l'industrie sucrière, il a fallu décider la fermeture de 79 centrales sucrières sur 174, au lieu de licencier les 100 000 travailleurs comme cela se passe dans les pays capitalistes très démocratiques, à Cuba, le gouvernement a pris la peine de faire des milliers de réunions avec la direction du pays, les ministres, les syndicats et la décision adoptée a été : la reconversion des usines, la formation professionnelle pour les travailleurs concernés avec maintien de leur salaire. C'est cela notre démocratie participative. En cas de nécessité, trouver ensemble des solutions pour préserver la dignité du travailleur. Quel pays capitaliste paie ses licenciés pour aller étudier et devenir plus intelligents ? Je voudrais vous poser une question. Qu'est-ce qui fait que le peuple de Cuba a cette volonté de résister ? Je peux vous donner ma réponse : La société que nous avons construite en 46 ans, aucun système libéral, aucun pluripartisme qu'on veut nous imposer ne pourra nous la garantir. Parce que la dignité et le respect de l'homme, ce n'est pas dans le projet libéral.Résister à Cuba, c'est aussi donner de l'espoir aux peuples du monde qui luttent pour leur avenir. La démocratie ce n'est pas seulement un concept qu'on avance dans les fauteuils confortables du Théâtre du Rond Point, mais des réalisations concrètes, quantifiables, évaluables qui montrent des acquis sociaux et ceux de Cuba sont uniques en Amérique latine et même dans le monde.
Vous avez là des tableaux qui vous donnent un aperçu des réalisations de la révolution dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'émancipation de la femme. Je ne vais pas les commenter tous parce qu'ils parlent d'eux-mêmes. Je peux seulement vous dire que tous les indicateurs sociaux témoignent que notre petit pays du Tiers Monde, bloqué par la plus grande puissance a des résultats équivalents ou meilleurs que les pays les plus riches. Pourquoi ? Parce que le gouvernement que le peuple de Cuba s'est choisi s'en est donné les moyens, et a fait de l'éducation, la culture, la santé, le sport des priorités absolues, quelles que soient les circonstances.
Je voudrais m'arrêter sur quelques chiffres : l'espérance de vie à Cuba : 77 ans, le taux de mortalité pour 2004 : 5,8 pour 1000 naissances, le pourcentage de femmes professionnelles : 66,3 % en 2003,le pourcentage du PIB consacré aux secteurs de la santé et de l'éducation : 11,3 % pour l'éducation, 23 % pour la santé.
C'est-à-dire qu'un tiers du PIB est consacré à l'éducation et à la santé. C'est vrai que nous ne construisons pas de porte-avions ! …la solidarité internationale est un des axes de notre société ouverte sur le monde.
Je suis heureux d'être ici avec nos camarades bolivariens, engagé avec eux dans l'Alternative Bolivarienne pour les Amériques, proposée par le président Hugo Chavez et qui témoigne de la volonté de mettre ouvre les pensées des Pères Fondateurs de la Nation Latino américaine Bolivar, José Martí et tous les autres qui ont lutté pour l'indépendance et l'unité de l'Amérique, loin des patrons étasuniens.
Je suis fier de penser que Cuba n'exporte pas d'armes mais des enseignants, des médecins et des professeurs de sport dans 66 pays du monde, et que des milliers d'étudiants apprennent dans nos universités, 200 millions d'enfants dorment dans la rue et pas un seul n'est cubain, et de cela je suis très fier. Fier de penser que Cuba est citée en exemple par les Nations Unies pour la préparation et la réponse aux catastrophes naturelles, et sa participation active à la campagne contre le Sida en Afrique. Il n'y a pas de modèle de société sur mesure. Cuba ne prétend pas être un modèle, ni être une société parfaite. Au contraire, la société cubaine se remet en question régulièrement dans une toute une série de structures mises en place par et pour les citoyens : syndicats, fédérations, organisations professionnelles, culturelles, religieuses...
Si l'objet de cet espace c'est la rupture, alors oui Cuba a rompu définitivement avec le système capitaliste et libéral.
Et pour terminer, je vous pose une question à méditer. Pourquoi les Etats-Unis maintiennent-ils le blocus alors que depuis 13 ans la quasi-totalité des pays votent pour la levée du blocus ?
JE VOUS LAISSE LE CHOIX DE LA RÉPONSE MAIS JE SUIS SÛR QUE CE N'EST PAS POUR DES RAISONS DE DEMOCRATIE.
NB : Les indicateurs qui ont été exposés sur des panneaux dans la salle ne sont qu'une partie de ceux proposés par le livre très documenté de Silvia Martínez Puentes "CUBA plus loin que les rêves "