130ème anniversaire de la naissance de Staline
La contribution de Staline au développement du Parti Communiste Français
Trois entretiens avec Staline
La campagne actuelle de criminalisation du communisme a ses racines dans plus de 40 ans d’anti-stalinisme. En France et dans la plupart des pays, l’historiographie bourgeoise et trotskyste a le monopole de l’édition à grand tirage. Tous leurs livres sont des cris de haine à l’encontre du socialisme.
La campagne anti-stalinienne hystérique de la direction du PCF, après la mort de Jacques Duclos (1975), allait détruire pas à pas son identité révolutionnaire.
Son « Histoire de l’URSS » (1979) reprenait les clichés et calomnies de Soljenitsyne, Khrouchtchev … et de la CIA. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF (l’un des fondateurs de l’Eurocommunisme) dénonçait la « perversion monstrueuse du socialisme qu’a été le stalinisme ».
L’URCF est née de la lutte contre le révisionnisme du PCF et considère que le combat pour la réappropriation de notre histoire, de la théorie et de la pratique de Staline, est fondamental. Cela constitue un axe important de l’affrontement de classe avec le maccarthysme européen.
A travers trois entretiens de la direction du PCF avec Staline, nous voyons « en direct » les grandes qualités de tacticien du dirigeant de l’URSS et du mouvement communiste international.
I/ Premier entretien (1926) : Intervention de J.V. Staline sur la question française à la séance du Comité exécutif de l’Internationale communiste (6 mars 1926).
La France impérialiste est sortie vainqueur de la boucherie de 1914-1918. Une vague de chauvinisme s’est emparée du pays. La collaboration de la social-démocratie et du syndicalisme réformiste avec le capital a été renforcée après la guerre.
En 1914, le parti socialiste a sombré dans la trahison des intérêts du mouvement ouvrier et s’est rallié à « l’union sacrée » avec la bourgeoisie.
Les éléments internationalistes du mouvement ouvrier étaient faibles et isolés, à peine une dizaine de militants organisés.
Après la Révolution socialiste d’octobre, l’attrait est immense pour le pays de Lénine et l’œuvre des bolcheviks. Des actions exemplaires de solidarité eurent lieu avec le pays des Soviets : la première communiste Jeanne Labourbe, institutrice en Russie, les mutins de la Mer noire, apportèrent un soutien sans faille à la jeune République soviétique en s’opposant à l’intervention militaire de l’armée française.
En décembre 1920, la majorité du parti socialiste se prononça pour l’adhésion à la 3ème Internationale communiste. Mais le chemin était difficile pour faire naître un Parti de type nouveau. Lénine en personne suivait la « question française » conscient des difficultés à faire émerger un véritable parti communiste dans des pays où les traditions réformistes sont enracinées solidement :
« La transformation d’un parti européen de type ancien, parlementaire, réformiste dans les faits et à peine teinté de couleur révolutionnaire, en parti de type nouveau, réellement révolutionnaire et réellement communiste, est une chose extrêmement ardue. L’exemple de la France est sans doute celui qui montre le plus nettement cette difficulté ». (Lénine, « Note d’un publiciste » - Œuvres complètes - tome 33 – pages 210-211).
Cependant, l’Internationale communiste et Lénine gardaient confiance dans le prolétariat français :
« Il n’est pas possible que la classe ouvrière révolutionnaire en France avec ses splendides traditions révolutionnaires, sa haute culture, son esprit de sacrifice, son magnifique tempérament combatif ne crée pas un puissant Parti communiste ».
Mais Lénine avertissait : « L’œuvre de corruption y a été plus achevée qu’ailleurs ».
Georges Cogniot, ancien dirigeant du PCF écrivit : « C’est tout ce passé qui compliquait la formation d’un authentique parti communiste en France ». (G. Cogniot, Présence de Lénine – Éditions sociales 1970).
C’est dans ce contexte que se déroule l’entretien de Staline en 1926 avec un PCF de fait encore « socialiste de gauche », selon la juste analyse du dirigeant français Pierre Sémard.
Cette intervention va s’articuler autour de trois thèmes : la crise montante du capitalisme, la formation d’un noyau dirigeant léniniste, les rapports communisme/syndicalisme.
1/ La crise
Staline s’étonne des positions prises par la délégation française, selon lesquelles « la situation en France est plus ou moins étale… il existe certaines difficultés, mais il est peu probable que cela conduise à une crise ».
Staline appelle à voir ce qui se manifeste en profondeur derrière les apparences :
« Cette crise présente un caractère particulier, car il n’y a pas de chômage en France. La crise est modérée par le fait que la France est alimentée aujourd’hui par l’or venant d’Allemagne. Mais ces phénomènes sont provisoires, primo, parce que cet or ne suffira pas à la France pour boucher les trous intérieurs et pour payer les dettes à l’Angleterre et à l’Amérique, secundo, parce que le chômage n’épargnera pas la France ». (Cahiers du communisme – avril 1950 – page 61).
Et Staline d’inviter à ne pas se cantonner à l’état du moment, mais à voir les implications économiques liées aux contradictions internes du capitalisme en France.
« Lorsque la monnaie sera stabilisée et que les règlements des dettes internationales produiront leur effet, la France n’évitera pas la concentration industrielle et le chômage ». (ibid.- Page 61)
De plus, Staline appelle à prendre appui sur les contradictions politiques dans l’appareil d’État.
« Le symptôme le plus sûr de la marche de la France vers la crise est le désarroi qui règne dans les milieux dirigeants de la France, le jeu de saute-mouton ministériel auquel on assiste en France ».
Ensuite, le secrétaire général du PC(b)US invite à ne pas oublier la dialectique et l’avancée par bonds contre les tendances à l’évolutionnisme réformiste vulgaire qui voit la crise comme l’accumulation successive de difficultés.
« On ne doit jamais représenter le développement de la crise comme une ligne ascendante d’effondrement d’intensité croissante. Il n’y a jamais de crise de ce genre. La crise révolutionnaire se développe en zigzag, un léger effondrement puis une amélioration de la situation, puis un effondrement plus sérieux, ensuite un certain essor. L’existence de zigzags ne doit pas donner à penser que les affaires de la bourgeoisie s’améliorent ».
2/ La formation d’un groupe dirigeant
Une sous-estimation de la crise conduisait à l’adoption d’une tactique erronée avec un caractère opportuniste.
« L’esprit de quiétude est dangereux dans cette situation. Il est dangereux car la crise peut arriver plus rapidement qu’on ne le pense et les camarades français peuvent être pris au dépourvu. Or, un parti pris au dépourvu ne peut diriger les événements ».
Staline propose alors les axes suivants :
« Je pense que le PCF doit s’orienter en tenant compte d’un renforcement progressif de la crise révolutionnaire. Le PCF doit organiser l’agitation et la propagande de façon à préparer les esprits et les cœurs des ouvriers à cette crise ». (Ib. – page 61).
Or, le PCF était mal préparé à cette tâche. Sa division en tendances, les luttes incessantes entre elles, les survivances sociales-démocrates dans tous les domaines, empêchaient le déploiement d’une authentique politique communiste.
Il manquait un noyau dirigeant marxiste-léniniste capable d’orienter le Parti dans les situations les plus diverses et mouvantes. Un groupe apte à combattre les déviations opportunistes.
« La deuxième question est le danger croissant de droite à l’intérieur du parti. Je considère qu’il existe déjà aussi bien à côté du PCF qu’au sein du Parti un groupe assez important d’hommes de droite avec à leur tête des gens exclus du parti et d’autres qui ne le sont pas, qui va harceler sans cesse le Parti communiste ».
« Des groupements de droite font leur besogne en cachette (…) et mènent une attaque directe contre l’aile révolutionnaire du parti communiste ».
La montée de la crise réactive l’opposition des courants droitiers ; le PCF doit être capable d’organiser la riposte : « Dans une période de renforcement de la crise, les éléments de droite relèvent toujours la tête parce qu’ils ont peur de la crise révolutionnaire et qu’ils sont prêts à tout pour tirer le parti en arrière ».
Staline estime que, dans un parti encore de type social-démocrate où existe une aile révolutionnaire communiste, il faut que les éléments de ce courant prennent la tête du Parti. « La lutte contre les éléments de droite est liée sur ce point à une autre question : celle du bureau politique du PCF.
Il est tout à fait exact que le Parti ne peut mener la lutte ni contre le groupe de droite ni contre le groupe « ultragauche », s’il n’y a pas dans le groupe dirigeant du Parti une majorité compacte ».
« J’estime qu’un tel groupe doit se former (…) ou se formera à bref délai autour de camarades tels que Sémard, Thorez, Monmousseau, Crémet ».
Staline apporte une précision décisive, que nous, engagés dans la construction d’un parti communiste révolutionnaire, mesurons chaque jour : les racines matérielles de l’opportunisme en France, en raison de son caractère colonial et impérialiste, qui vont permettre la corruption de certains secteurs du mouvement ouvrier :
« Vous ne pouvez battre les éléments de droite, car ils deviennent plus nombreux et ont visiblement certaines racines dans la classe ouvrière de France, si vous n’unissez pas, au sein du groupe dirigeant, tous les communistes révolutionnaires prêts à se battre jusqu’au bout contre les éléments de droite ». (Ibid. - page 63).
Staline précise bien qu’il s’agit d’avis et de conseils, car le PC(b)US a voté une résolution en faveur de l’autonomie croissante des sections nationales de l’Internationale communiste. Enfin, il leur conseille « de ne pas abuser, dans leur travail pratique, de la méthode de l’amputation, de la méthode des sanctions ».
3/ La question syndicale
En France existaient trois centrales : la Centrale Générale du Travail (CGT) de Jouhaux (réformiste), la Confédération Générale du Travail Unitaire (de lutte de classe) et la CFTC (chrétienne).
La CGTU s’était renforcée (450 000 adhérents), mais n’évitait pas une certaine gesticulation verbale en appelant sans cesse à la grève générale, appels qui n’étaient pas suivis d’effets.
La direction du PCF eut alors la tentation de renforcer sa « tutelle » sur les éléments communistes de la CGTU, y compris pour lancer des grèves à caractère politique.
Staline, dans le droit fil des enseignements léninistes, fut amené à montrer toute l’importance du travail syndical dans les pays impérialistes.
« Il est tout à fait naturel que le camarade Monmousseau (dirigeant de la CGTU) veuille moins de tutelle de la part du Parti. C’est dans la nature des choses étant donné qu’il existe deux organisations parallèles (…) que certaines questions ne peuvent manquer parfois de se produire entre elles (...). Vous pourrez trouver dans les archives de notre Parti toute une série de résolutions invitant le Parti à les diriger et non à les tenir en tutelle ».
« Je considère que le Parti est la forme supérieure d’organisation de la classe ouvrière et que c’est précisément, pour cette raison, qu’il faut être plus exigeant envers lui. C’est pourquoi les erreurs du Comité central doivent être liquidées en premier lieu afin que les rapports avec les syndicats se renforcent et s’affermissent… et que le camarade Monmousseau et les autres militants des syndicats puissent travailler dans le sens qui est indispensable du point de vue du Parti communiste ». (Ib. – pages 64-65).
On sait que dans les premières années qui suivirent la Révolution d’octobre et la fondation de l’Internationale communiste, en période d’essor du mouvement révolutionnaire, les questions tactiques furent jugées, à tort, secondaires par certains jeunes partis communistes.
Après la défaite des insurrections révolutionnaires (Allemagne, Hongrie…), Lénine et Staline estimaient que pour vaincre, la révolution prolétarienne devrait battre le social-démocratisme et conquérir la majorité du prolétariat organisé, en premier lieu dans les syndicats.
Staline le rappelle avec force : « Le Parti ne peut se développer plus avant, surtout dans les conditions qui existent en Occident, le Parti ne peut se consolider, s’il ne bénéficie pas de l’appui extrêmement sérieux que constituent les syndicaux et leurs dirigeants. Seul un Parti qui sait maintenir une large liaison avec les syndicats (…) et qui sait établir un véritable contact prolétarien avec eux, seul un tel Parti peut gagner la majorité de la classe ouvrière en Occident. Vous savez vous-mêmes que l’on ne peut compter sur la victoire si l’on n’a pas conquis la majorité de la classe ouvrière ».
Les participants à cette réunion, dont beaucoup voyaient pour la première fois, Staline rencontrèrent un homme modeste sans pose ostentatoire. Plus encore, le caractère bien fondé des conseils de Staline se vérifia au cours de la bolchevisation qui élimina le courant droitier. Courant amené à renaître sous des formes nouvelles, car il a des racines matérielles profondes (l’impérialisme français) et doit être combattu en permanence.
Les enseignements de Staline concernant les syndicats furent précieux. Ils permirent de dépasser et vaincre tant l’anarcho-syndicalisme que l’esprit bureaucratique de tutelle. Le mouvement syndical allait se réunifier sur des bases de classe et de masse en 1936 dans le cadre du Front Populaire.
Enfin, comment ne pas voir les qualités politiques et organisationnelles de Staline quand les camarades cités pour diriger le PCF prouvèrent leurs capacités et permirent avec les dizaines de milliers de membres du PCF de le transformer en parti communiste de masse.
II/ Entretien entre J.V. Staline et Maurice Thorez, Secrétaire général du PCF (17 novembre 1944). - Présents pour le PC(b)US : Staline, Molotov, Beria ; pour le PCF : Thorez) -
Après la débâcle de l’armée française en 1940, la capitulation déboucha sur l’occupation de la France par l’impérialisme allemand. Pétain et Laval instaurèrent le fascisme et devinrent les champions de la collaboration avec le nazisme. Ce qui satisfaisait les vues et intérêts des monopolistes français, ardents promoteurs de cette alliance dans le droit fil du « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».
Le PCF clandestin depuis 1939 s’engagea le premier dans la Résistance antifasciste et dans la lutte armée contre l’occupant. Ses mérites sont inoubliables avec le martyre de 70 000 de ses militants, qui lui valut le surnom de « Parti des fusillés ».
Toutefois, certains secteurs de la bourgeoisie et membres de l’appareil d’Etat de la IIIème République se rangèrent derrière le général De Gaulle en exil à Londres et qui avait dénoncé la capitulation.
Ces courants bourgeois misaient sur l’impérialisme anglo-américain. Jean Monnet, capitaliste et conseiller de De Gaulle évoquait (avec l’accord du Général) la fusion de la Grande-Bretagne et de la France après la guerre en un seul pays !
Dans ces conditions, le PCF ne put ou ne sut (c’est un autre débat) établir l’hégémonie de la classe ouvrière dans la lutte de libération nationale, tout en jouant le rôle décisif dans les combats quotidiens de la Résistance.
En 1944, le débarquement anglo-américain, outre les combats pour affaiblir la bête fasciste et un concurrent impérialiste, avait pour objectif de faire jouer aux armées US et britannique un rôle d’alliés de classe de la bourgeoisie française contre le communisme. D’autant que les secteurs capitalistes qui avaient soutenu Pétain et le régime fasciste allemand commençaient à se rallier progressivement à De Gaulle. Le tortionnaire Papon, les partisans de Vichy, comme Mitterrand ou Pucheu, s’engagèrent même dans la Résistance.
L’historiographie trotskyste parle de « révolution manquée » en 1944 puisque les communistes étaient organisés en francs-tireurs et partisans (FTP) et auraient dû prendre le pouvoir. C’est oublier au moins trois facteurs :
a/ Sans hégémonie révolutionnaire du prolétariat, le but de la Résistance se limitait à la libération du pays et aux transformations démocratiques nécessaires. Beaucoup de jeunes qui avaient rejoint le combat armé, l’avaient fait sur une base démocratique et patriotique plus que sur les objectifs stratégiques et révolutionnaires du Parti communiste.
b) La guerre, en 1944, était loin d’être achevée. La France d’ailleurs n’était pas entièrement libérée, outre les troupes US, l’armée allemande occupait certaines régions du pays. L’URSS et son Armée rouge affrontaient la majorité écrasante des divisions allemandes.
L’adoption d’une ligne aventuriste par les communistes français aurait conduit à briser l’alliance des « trois grands » (URSS, Etats-Unis, Grande-Bretagne). Le principe énoncé par Marx et défendu par Lénine de « subordination des intérêts du mouvement ouvrier et démocratique d’un pays aux intérêts généraux de ce mouvement » aurait été violé, en risquant de mettre en péril ou en difficultés supplémentaires, le premier Etat socialiste des ouvriers et paysans, le pays des Soviets.
c) Certains secteurs de l’impérialisme américain montraient beaucoup de réticences vis-à-vis de la politique de Roosevelt et défendaient une politique des « deux fers au feu ». Le général Patton, anticommuniste notoire, et peut-être des gens comme Truman, rêvaient d’un retournement d’alliances avec les opposants bourgeois de la Wehrmacht pour une « paix séparée », afin de poursuivre la guerre contre l’URSS sous la forme d’une croisade anti-bolchévique.
Toute lutte ouverte contre les troupes américaines aurait servi de prétexte idéal à l’aile la plus réactionnaire des monopoles US, pour trahir les engagements pris devant l’Union Soviétique.
Le devoir des communistes français, la priorité de l’heure était de faire tout ce qui était nécessaire pour écraser le fascisme hitlérien.
C’est dans ce contexte que se déroule l’entretien entre Staline et Maurice Thorez, Secrétaire général du PCF.
Dans sa déclaration liminaire, Thorez évoque la situation en ces termes : « Les communistes ne sont pas maîtres de la France, alors qu’ils ont des ennemis et des amis. Comment faire pour rassembler les forces et ne pas permettre à la réaction de rassembler les siennes ? » (Communisme n° 45-46 - page 23)
Staline commence l’entretien en sollicitant l’avis de Thorez sur les divers dirigeants et partis politiques. Puis Staline souligne le danger d’isolement du PCF, qui va être conduit et entretenu par les gaullistes et les dirigeants du parti socialiste (SFIO).
Staline trace les grandes lignes du rassemblement populaire nécessaire :
« Ce serait bien si le Parti avait des alliés. Le Parti doit (…) se mettre à chercher des alliés parmi les radicaux y compris parmi les groupes informels. Il faut se mettre à chercher des alliés parmi les socialistes (…), essayer de créer un bloc contre la réaction ».
Donc recherche d’alliances dans les partis de gauche et en leur sein avec les éléments les plus progressistes, sans tomber dans les illusions. Rappelons que dans le parti radical, parti de la petite et moyenne bourgeoisie, des hommes comme Edouard Herriot et Pierre Cot incarnaient l’amitié franco-soviétique.
« Nous connaissons très bien les socialistes, c’est l’aile gauche de la bourgeoisie. Maintenant le plus important pour nous est de créer ce bloc de gauche. Le PCF, fort comme il ne l’a jamais été, ne doit pas être l’unique force se prononçant contre la réaction ». (Staline, Ib. - page 24)
Staline définit la priorité: « L’objectif du jour pour le Parti est l’établissement de liens étroits avec les unions professionnelles et avec la jeunesse ».
« Les communistes doivent avoir en vue que De Gaulle sera incité à prendre des mesures contre eux, même s’il ne le veut pas lui-même, il y sera incité par les Anglais et les Américains qui veulent créer un gouvernement réactionnaire en France ».
La question des forces armées
Dans les zones libérées par les troupes anglo-américaines, des exécutifs se mirent en place avec la renaissance de l’armée française et de la police. Dans les zones libérées par la Résistance communiste et alliée, les FTP et la milice patriotique gardaient leurs Forces armées.
Un équilibre instable entre les classes s’installa. La bourgeoisie n’était pas assez forte pour vaincre les communistes et ces derniers pas assez forts pour s’attaquer à la bourgeoisie et aux troupes anglo-américaines (plus de 400 000 hommes) qui étaient de plus les alliés certes instables et intéressés, mais alliés tout de même de l’URSS contre le fascisme hitlérien et japonais.
Staline précise :
« Il faut tenir compte qu’il y a actuellement en France un gouvernement (dirigé par De Gaulle –Ndlr-) reconnu par les alliés. Dans ces conditions, il est difficile pour les communistes d’avoir des forces armées parallèles car il y a une armée régulière.
On peut se demander dans quel but ils ont besoin de détachements armés parallèles. Tant qu’il n’y avait pas de gouvernement provisoire, d’arrière solide, alors l’existence de ces détachements avait un sens certain.
Dans quel but existent maintenant ces détachements alors qu’il y a un gouvernement avec son armée ? Tels peuvent être les arguments des ennemis du communisme. Ces arguments peuvent convaincre les Français (…) ; c’est pourquoi il faut transformer les détachements armés en une autre organisation, en une organisation politique ; quant aux armes, il faut les cacher ». (Souligné par nous. Communisme n°45-46 – page 25).
La plate-forme et les contours de classe de cette organisation nouvelle
Staline propose de rassembler les partisans et leurs alliés en un Front de la Résistance.
« La situation actuelle est favorable à De Gaulle. La situation a changé, il faut opérer un tournant, le PCF n’est pas assez fort pour frapper le gouvernement à la tête. Il doit accumuler des forces et chercher des alliés.
Il faut prendre des mesures, afin qu’en cas d’offensive de la réaction, les communistes puissent avoir une défense solide (les armes cachées –Ndlr-) et puissent dire que la réaction attaque non pas les communistes seulement, mais le peuple ».
Staline précise les buts du Front : « Il faut une plateforme pour l’organisation politique : redressement de l’industrie, donner du travail aux chômeurs, la défense de la démocratie, punir ceux qui étouffent la démocratie ».
Créer un « Front de la reconstruction », et plus exactement (car la période a changé) ce que Staline nomme « un mouvement pour la consolidation de la démocratie et la reconstruction de la France » ; car les Anglo-américains veulent une France faible, dépendante, dont ils prendraient le contrôle, afin qu’elle soit simplement une base d’extension de leur marché. Rappelons que les Français souffrent de la faim et que le pays est totalement désorganisé et n’a quasiment plus d’activité productive.
« Ce mouvement, affirme Staline, se prononcerait et agirait pour « le rétablissement du pays. Sous ce drapeau, on rassemble les forces de gauche, les travailleurs, l’intelligentsia, les milieux culturels » ; et les paysans, ajoutera Thorez. Staline répond affirmativement : « Il faut les attirer vers ce mouvement ».
Après les précisions de Thorez sur le sabordage de la production par les trusts et les anglo-américains, Staline précise :
« L’un des objectifs du mouvement de masse pour la reconstruction de la France doit être la remise en marche des entreprises industrielles avant tout de l’industrie militaire ». Afin de garantir l’indépendance contre la main mise anglo-américaine dont la domination découlerait de la misère et de la liquidation des bases de l’économie française.
Il faut une armée nationale où les communistes aient leurs hommes, rappelle Staline. Une armée composée de Français, pas par les troupes coloniales car « les Algériens ne sont pas des Français ». Appel implicite à s’organiser dans l’après-guerre pour l’indépendance de l’Algérie. Ainsi selon Staline, l’armée française pourra participer à la fin de la guerre et contribuer à la victoire des alliés.
III/ Entretien Staline-Thorez (18 novembre 1947) - Présents : Staline, Molotov, Souslov, Erofeiev (traducteur) PC(b)US ; Thorez (PCF).
Le PCF a contribué, de 1945 à 47, sur la base de « l’équilibre instable » entre les classes, par sa présence au gouvernement de coalition et par l’œuvre des ministres communistes, à réaliser de grandes conquêtes sociales (Sécurité sociale, statut des fonctionnaires, des mineurs, échelle mobile des salaires, droits syndicaux nouveaux,) et démocratiques (vote des femmes, nationalisations, plan Langevin-Wallon sur l’école).
La réaction a regroupé ses forces et lancé une offensive sous les ordres des Etats-Unis. Offensive qui va aboutir à chasser les communistes du gouvernement. Le PCF va mal interpréter ce tournant (opéré aussi en Italie, Belgique) et appeler à une solution simplement parlementaire et parler « d’un retour rapide au gouvernement ».
En septembre 1947, se crée le Bureau d’information des Partis communistes et ouvriers (Kominform).
La politique du PCF fut critiquée pour son opportunisme et son légalisme, sa propension à surestimer les formes parlementaires de luttes et à limiter les alliances à leur seul débouché électoral, au détriment de la construction d’un mouvement de masse. De plus, les partis frères évoquèrent son retard à analyser le tournant pris par l’impérialisme américain. (Cf. le rapport de A.Jdanov).
Un mois plus tard, Staline recevait Maurice Thorez au Kremlin. Fraternellement, il demande si les critiques n’ont pas trop heurté les communistes français.
Thorez répond : « Le PCF est reconnaissant d’avoir été mis en face de ses insuffisances. L’analyse faite se confirme parfaitement en France. En particulier l’immixtion des Américains s’approfondit dans le pays, les difficultés économiques grandissent et la lutte de classes est de plus en plus aiguë ». (M. Thorez, « Communisme – ibid. page 35).
En France, Thorez précise qu’une « Troisième force » (démocrates-chrétiens du MRP et parti socialiste) grandit. Qu’en pense le camarade Staline ?
« Selon toute vraisemblance en France, la consolidation et la polarisation des forces se poursuivra. Bien sûr, les communistes se renforceront mais les gaullistes aussi. »
Donc pas d’avenir, selon Staline, pour la « Troisième force ». « Il faut choisir entre les partisans de la paix et les partisans de la guerre ». (Staline, Ibid. - page 36).
Le rôle de la social-démocratie
Staline revient sur la question du social-démocratisme :
« Les socialistes en France, comme le Parti travailliste, créent eux-mêmes des ailes gauches au sein de leur Parti. Les dirigeants les plus en vue de l’aile gauche (Guy Mollet en France -Ndlr) sont les agents des droitiers ».
La social-démocratie crée une aile gauche, précise Staline, afin d’éviter le ralliement de la base mécontente au communisme … tout en dirigeant le parti d’une main de fer. (…).
« Les communistes de France et de Grande-Bretagne doivent attaquer les dirigeants socialistes de gauche et en appeler aux militants de base du parti socialiste ». (…) Trotsky attaquait le Parti depuis la gauche, alors qu’il exigeait l’octroi de concessions (financières et économiques en URSS – Ndlr) aux Américains et aux Anglais. »
La lutte pour l’indépendance du pays
Thorez précise que le PCF a décidé d’organiser des Comités dans les villages, villes, usines pour l’indépendance de la France.
Staline répond : « Il est possible, sur cette base, de réunir tous les éléments qui luttent pour l’indépendance de l’industrie nationale ».
Thorez veut l’opinion de Staline sur les critiques du PC yougoslave et de Tito reprochant au PCF de ne pas avoir pris le pouvoir.
Staline précise : « Le tableau aurait été autre si l’Armée rouge avait été en France (…) Les communistes français ne pouvaient prendre le pouvoir ; quand bien même l’auraient-ils pris, ils l’auraient perdu, car les troupes anglo-américaines se trouvaient dans le pays. »
De cet entretien, il ressort que la tâche centrale des communistes est d’organiser un rassemblement pour l’indépendance, afin d’obtenir le retrait des troupes US, l’annulation des traités inégaux et de satisfaire les revendications populaires.
Staline précise, au sujet du Front à construire : « Il ne faut pas effrayer les sans-parti en voulant leur donner à tout prix une carte du Parti. Cependant le PCF, dans la lutte qu’il mène pour la mise en place d’un Front uni et quelles que soient les forces avec lesquelles il s’allie, doit sauvegarder son droit à la liberté de propagande… Les communistes ont épargné les socialistes ; pourtant ces derniers ne les épargnent pas.»
Staline demande : « Où en sont les communistes au niveau de l’armement ? »
Thorez répond que « deux camarades ont les pleins pouvoirs pour régler ce problème. Le PCF est parvenu à camoufler des entrepôts entiers d’armes et de munitions
Staline dit : « Il faut disposer d’armements et d’une organisation pour ne pas se retrouver désarmés devant l’ennemi. Les communistes peuvent être attaqués et alors il faudra répondre. Des situations diverses peuvent apparaître. Nous avons des armes que nous pouvons fournir si nécessaire ». (p. 45 ib.).
Staline ensuite parle avec Thorez des cadres du PCF et insiste sur la promotion de femmes au Comité central.
Thorez fait état des difficultés idéologiques du PCF : beaucoup de cadres intermédiaires ont été fusillés pendant la guerre et les jeunes « ont grandi dans d’autres conditions du fait de la guerre. »
Staline : « Il convient d’éduquer les membres du Parti ».
Enfin, Staline revient sur la nécessité de défendre l’indépendance de chaque pays.
« Il y a vingt ans, on appelait les communistes "les ennemis de la patrie", et maintenant les seuls à défendre la patrie, ce sont bien sûr les communistes. Le mot d’ordre d’indépendance nationale est celui des communistes et uniquement d’eux ». (Ib. - page 52).
En effet, les socialistes étaient les principaux relais de l’influence et de la mainmise américaine sur la France, et les gaullistes les tenants d’un régime autoritaire, fascisant, corporatiste. Le PCF avait raison de dire que tous les autres partis formaient le « parti américain » L’entretien se termine par les vœux de Staline de plein succès aux communistes français.
Ces trois entretiens sont riches d’enseignements. Ils montrent l’extraordinaire aptitude tactique de Staline, sa capacité à s’orienter dans des situations sans cesse changeantes, et à déterminer les actions nécessaires, pour le renforcement de l’ensemble du mouvement communiste international ; tout en recherchant, conformément au léninisme, les alliances nécessaires même précaires pour bâtir de larges fronts.
Enfin, contrairement aux accusations et mensonges du trotskysme, sur son prétendu « nationalisme étroit », apparaît au contraire son internationalisme profond ainsi que sa fraternité à l’égard des dirigeants des partis frères. Les communistes révolutionnaires de France n’oublieront jamais tout ce qu’ils doivent à Lénine, à Staline, au grand pays d’Octobre 17 et de Stalingrad !
Union des Révolutionnaires-Communistes de France (URCF – Construction du parti communiste). Le 21 décembre 2009
RESISTANCE OUVRIERE EN RUSSIE CAPITALISTE
Les médias bourgeois n’ont pour seule information que la farce de l’élection présidentielle en Russie.
Les divers partis communistes marxistes-léninistes (PCBUS, « Russie laborieuse », PCUS, PCOR) appelaient au boycott de ces élections antidémocratiques et ont condamné le rôle du parti révisionniste PCFR (parti communiste de la fédération de Russie) et son leader/candidat Guennadi Ziouganov qui en acceptant de participer à un scrutin que Ziouganov lui-même qualifie de « truqué », légitime de fait la politique fascisante de Poutine, en lui servant d’ « ornement de gauche ». Rappelons que la commission électorale (proche de Poutine) fixait des conditions draconiennes : 2 millions de signataires avec photocopie des papiers pour pouvoir être candidat !
Le parti révisionniste a obtenu 18 % des voix, ce qui atteste de l’attachement très fort, de beaucoup d’électeurs, au socialisme et à l’URSS auquel s’ajoutent parmi les 35 % d’abstentionnistes, les sympathisants des partis ML comme le Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR). Enlever les 18 % de suffrages de Ziouganov et c’est la majorité de l’électorat de Russie qui aurait boycotté ces élections montrant au monde entier leur caractère illégitime.
En Russie capitaliste, la politique antisociale est celle que rêvent d’établir en France les monopolistes et leurs commis Sarkozy et Fillon. Pas de salaire minimum, pas ou peu de conventions collectives, peu ou pas de droits syndicaux ; liquidation de toutes les avancées sociales réalisées sous le socialisme : loyer ne dépassant pas 3 % du salaire, soins gratuits, éducation gratuite et de qualité, théâtres et cinéma à très faible prix, vacances des ouvriers prises en charge et gratuites par l’Etat socialiste, téléphone interurbain gratuit, très bas prix des transports aériens et métropolitains. C’est la raison pour laquelle, 65 % des Russes regrettent l’époque du socialisme !
Les luttes ouvrières se renforcent en Russie, pays où les syndicats officiels (reconnus par la législation bourgeoise) sont financés par l’Etat capitaliste, où leurs principaux dirigeants sont membres d e « Russie Unie », le parti de Poutine/Medvedev.
Les syndicalistes de classe et les syndicalistes communistes (du PCOR, du groupe Gazette prolétarienne) agissent dans « Zashita » (Défense) - très actif dans les luttes- mais aussi dans d’autres régions comme « Edinstvo » (Unité), sans renoncer à œuvrer dans les syndicats officiels pour y travailler à regrouper les travailleurs (tous victimes de la restauration intégrale du capitalisme) sur des bases de classe, contre leur direction collaboratrice. Existe aussi une organisation socio-politique le « Front uni du Travail » qui regroupe l’ensemble des conseils (Soviets) d’usine (nos camarades du PCOR y jouent un rôle dirigeant), FUT qui synthétise et coordonne : actions ouvrières, revendications, propositions.
Le renforcement du mouvement gréviste et des actions ouvrières attestent de l’aiguisement des luttes de classes dans la Russie impérialiste. La diversité des formes de luttes surprendra peut-être un syndicaliste français, mais cette diversité est la réponse créatrice à une situation marquée par l’absence de droits et une dure politique répressive avec un appareil de police hypertrophié allié aux secteurs maffieux où les hommes de mains et tueurs à gage ne manquent pas.
Citons quelques-unes des luttes les plus significatives :
Omsk, usine GUP. Les travailleurs sont victimes d’un retard dans le paiement du salaire. Le syndicat officiel (jaune) condamne toute action, jugeant la conjoncture mauvaise. Les ouvriers débrayent (sans préavis) et tiennent un meeting dans la cour de l’usine avec 200 participants. L’assemblée décide d’une grève de la faim avec popularisation dans toute la ville (les médias bourgeois aux mains de la clique de Poutine, ignorent totalement les actions ouvrières !) jusqu’au paiement des arriérés de salaire.
Saratov.
usine chimique. Grève de la faim devant l’usine, les salaires n’étaient pas versés depuis plusieurs mois. Devant l’action soutenue par les habitants de la ville, le gouverneur accorde 8 millions de roubles aux travailleurs (10 % des salaires à verser), l’action se poursuit.
Usine Mazeika-Nagra (maintenance et réparation), 1/3 des ouvriers décident d’abandonner leur usine (refus d’aller travailler) si leur patron ne s’acquitte pas du paiement des arriérés de salaires. L’action se poursuit.
Krasnoyarsk. Le syndicat des ouvriers industriels et agricoles organisent des rassemblements et manifestations (non autorisés) devant la cour de justice, afin d’obtenir la réintégration d’un ouvrier licencié pour appartenance syndicale. Le syndicaliste est réintégré !
Ivanovo. Grève et actions intersectorielles pour défendre le pouvoir d’achat face à la vie chère.
Oural, mines de bauxite. Grève des mineurs pour une augmentation des salaires.
Togliatti.
Usines de machines agricoles. Manifestation des travailleurs, un ouvrier est arrêté comme « meneur », les travailleurs obligent le syndicat officiel, qui ne participait pas à la manifestation, à lutter avec eux pour la relaxe et libération de cet ouvrier. Relaxe et libération obtenues !
Usine Autokaz (automobiles). Les ouvriers déclenchent des actions variées et une grève contre les licenciements, la hausse des prix, les bas salaires. Le syndicat officiel refuse toute participation à l’action et perd de nombreux adhérents écoeurés qui rejoignent en partie les grévistes.
Sverdlovsk.
Usine Bogdanovsk china. Les travailleurs cessent la production dans une usine de ce complexe, dans les autres unités de production se déclenche, des grèves perlées. La grève est victorieuse, les arriérés de salaires (2 mois) sont payés !
Usine Kachkanarsky, Minerai de fer et d’acier. Grève du zèle afin de ralentir la production. 4 jours d’action, grève victorieuse. Les salaires sont augmentés de 20 %, le salaire minimal est porté à 17 000 roubles, dans cette usine.
Usine Evrazholding. Grève du zèle, victoire avec une hausse des salaires de 20 %.
Saint-Petersbourg (Leningrad).
Métallurgie. Grève du zèle, tournante par brigade, action pour une hausse de salaires et un salaire minimum porté à 18 000 roubles.
Usine Ford. Grève en novembre de 1 500 des 2 200 salariés qui relançait la grève de février 2007. La direction interdit l’action de l’usine aux ouvriers en déployant les OMON (CRS locaux). Des centaines d’ouvriers tiennent meeting chaque jour devant l’usine, empêchant grâce aux piquets de grève, les « jaunes » de briser le mouvement. Les grévistes réclament une hausse de 30 % des salaires. Les ouvriers ont scandé « la France nous montre la voie à suivre. Hourrah ! » (Il y avait à l’époque la grève reconductible des cheminots). La grève a été massivement soutenue dans le pays. Même des politiciens bourgeois ont réclamé « un assouplissement de la législation sociale », des travailleurs membres des syndicats officiels ont participé au mouvement.
La direction Ford a refusé toute négociation avant l’arrêt du travail, tout paiement des grévistes. Une lettre a été envoyée à chaque travailleur pour qu’il se déclare « non gréviste » afin de toucher 2/3 de leur salaire, victime du « chômage forcé » « résultat de la grève » !!!
Les grévistes ont changé de tactique : en alternance certains (avec accord des grévistes) ont repris le travail, d’autres continuaient la grève afin de paralyser Ford, tout en permettant aux travailleurs de ne pas être victime d’une grève de longue durée. L’essentiel étant la continuité de l’action pour frapper le monopoliste à la caisse. Piquets de grève filtrant ceux qui étaient autorisés à reprendre le travail, les meetings se poursuivant devant l’usine, avec participation des « non grévistes ».
Le syndicat des Ford a créé une coordination des ouvriers des usines d’automobiles. La direction qui perdait 2 à 4 millions de roubles par jour, a entamé un processus de répression à l’encontre des militants les plus actifs. Le PCOR et ses élus régionaux ont mené une vaste campagne de solidarité anti-répression qui a porté ses fruits et a permis des réintégrations. Les travailleurs ont obtenu de premières avancées mais l’action se poursuit.
Carélie, Kostomourskha.
Dépôts ferroviaires et cheminots (trains privés). Les travailleurs restent les « bras croisés » et refusent de travailler (Sit in). Cela touche 5 120 travailleurs ! La victoire est au bout avec une hausse générale des salaires de 70 % !
Rappelons que ces actions sont le plus souvent illégales, que la législation bourgeoise ne reconnaît que le dépôt de requêtes, examinées par les commis du nouveau tsar (les gouverneurs), c’est la tâche des syndicats officiels poutiniens mais ces derniers sont en crise, malgré leur « trésor de guerre », nombre de ses adhérents rejoignent les comités de lutte ou les autres syndicats. Cet éveil de la classe ouvrière de Russie, ne constitue que les prémisses de luttes toujours plus nombreuses et victorieuses. L’URCF exprime sa solidarité de classe et internationaliste à l’égard du grand mouvement ouvrier de Russie qui grâce à trois révolutions au XXéme siècle et à sa révolution socialiste victorieuse d’octobre 17 a légué un héritage précieux.
Commission ouvrière et d’entreprise de l’URCF le 4 mars 2008