RESISTANCE OUVRIERE EN RUSSIE CAPITALISTE

Les médias bourgeois n’ont pour seule information que la farce de l’élection présidentielle en Russie.

Les divers partis communistes marxistes-léninistes (PCBUS, « Russie laborieuse », PCUS, PCOR) appelaient au boycott de ces élections antidémocratiques et ont condamné le rôle du parti révisionniste PCFR (parti communiste de la fédération de Russie) et son leader/candidat Guennadi Ziouganov qui en acceptant de participer à un scrutin que Ziouganov lui-même qualifie de  « truqué », légitime de fait la politique fascisante de Poutine, en lui servant d’ « ornement de gauche ». Rappelons que la commission électorale (proche de Poutine) fixait  des conditions draconiennes : 2 millions de signataires avec photocopie des papiers pour pouvoir être candidat !

Le parti révisionniste a obtenu 18 % des voix, ce qui atteste de l’attachement très fort, de beaucoup d’électeurs, au socialisme et à l’URSS auquel s’ajoutent parmi les 35 % d’abstentionnistes, les sympathisants des partis ML comme le Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR). Enlever les 18 % de suffrages de Ziouganov et c’est la majorité de l’électorat de Russie qui aurait boycotté ces élections montrant au monde entier leur caractère illégitime.

En Russie capitaliste, la politique antisociale est celle que rêvent d’établir en France les monopolistes et leurs commis Sarkozy et Fillon. Pas de salaire minimum, pas ou peu de conventions collectives, peu ou pas de droits syndicaux ; liquidation de toutes les avancées sociales réalisées sous le socialisme : loyer ne dépassant pas 3 % du salaire, soins gratuits, éducation gratuite et de qualité, théâtres et cinéma à très faible prix, vacances des ouvriers  prises en charge et gratuites par l’Etat socialiste, téléphone interurbain gratuit, très bas prix des transports aériens et métropolitains. C’est la raison pour laquelle, 65 % des Russes regrettent l’époque du socialisme !

Les luttes ouvrières se renforcent en Russie, pays où les syndicats officiels (reconnus par la législation bourgeoise) sont financés par l’Etat capitaliste, où leurs principaux dirigeants sont membres d e « Russie Unie », le parti de Poutine/Medvedev.

Les syndicalistes de classe et les syndicalistes communistes (du PCOR, du groupe Gazette prolétarienne)  agissent dans « Zashita » (Défense) - très actif dans les luttes-   mais aussi dans d’autres régions comme « Edinstvo » (Unité), sans renoncer à œuvrer dans les syndicats officiels pour y travailler à regrouper les travailleurs (tous victimes de la restauration intégrale du capitalisme) sur des bases de classe, contre leur direction collaboratrice. Existe aussi une organisation socio-politique le « Front uni du Travail » qui regroupe l’ensemble des conseils (Soviets) d’usine (nos camarades du PCOR  y jouent un rôle dirigeant), FUT qui synthétise et coordonne : actions ouvrières, revendications, propositions.

 Le renforcement du mouvement gréviste et des actions ouvrières attestent de l’aiguisement des luttes de classes dans la  Russie impérialiste. La diversité des formes de luttes surprendra peut-être un syndicaliste français, mais cette diversité est la réponse créatrice à une situation  marquée par l’absence de droits et une dure politique répressive avec un appareil de police hypertrophié allié aux secteurs maffieux où les hommes de mains et tueurs à gage ne manquent pas.

Citons quelques-unes des luttes les plus significatives :

Omsk, usine GUP. Les travailleurs sont victimes d’un retard dans le paiement du salaire. Le syndicat officiel (jaune) condamne toute action, jugeant la conjoncture mauvaise. Les ouvriers débrayent (sans préavis) et tiennent un meeting dans la cour de l’usine avec 200 participants. L’assemblée décide d’une grève de la faim avec popularisation dans toute la ville (les médias bourgeois aux mains de la clique de Poutine, ignorent totalement les actions ouvrières !) jusqu’au paiement des arriérés de salaire.

 

Saratov.

usine chimique. Grève de la faim devant l’usine, les salaires n’étaient pas versés depuis plusieurs mois. Devant l’action soutenue par les habitants de la ville, le gouverneur accorde 8 millions de roubles aux travailleurs  (10 % des salaires à verser), l’action se poursuit.

Usine Mazeika-Nagra (maintenance et réparation), 1/3 des ouvriers décident d’abandonner leur usine (refus d’aller travailler) si leur patron ne s’acquitte pas du paiement des arriérés de salaires. L’action se poursuit.

 

Krasnoyarsk. Le syndicat des ouvriers industriels et agricoles organisent des rassemblements et manifestations (non autorisés) devant la cour de justice, afin d’obtenir la réintégration d’un ouvrier licencié pour appartenance syndicale. Le syndicaliste est réintégré !

 

Ivanovo. Grève et actions intersectorielles pour défendre le pouvoir d’achat face à la vie chère.

 

Oural, mines de bauxite. Grève des mineurs pour une augmentation des salaires.

 

Togliatti.

Usines de machines agricoles. Manifestation des travailleurs, un ouvrier est arrêté comme « meneur », les travailleurs obligent le syndicat officiel, qui ne participait pas à la manifestation, à lutter avec eux pour la relaxe et libération de cet ouvrier. Relaxe et libération obtenues !

Usine Autokaz (automobiles).  Les ouvriers déclenchent des actions variées et une grève contre les licenciements, la hausse des prix, les bas salaires. Le syndicat officiel refuse toute participation à l’action et perd de nombreux adhérents écoeurés qui rejoignent en partie les grévistes.

 

Sverdlovsk.

Usine Bogdanovsk china. Les travailleurs cessent la production dans une usine de ce complexe, dans les autres unités de production se déclenche, des grèves perlées. La grève est victorieuse, les arriérés de salaires (2 mois) sont payés !

Usine Kachkanarsky, Minerai de fer et d’acier. Grève du zèle afin de ralentir la production. 4 jours d’action, grève victorieuse. Les salaires sont augmentés de 20 %, le salaire minimal est porté à 17 000 roubles, dans cette usine.

Usine Evrazholding.  Grève du zèle, victoire avec une hausse des salaires de 20 %.

 

Saint-Petersbourg (Leningrad).

Métallurgie. Grève du zèle,  tournante par brigade, action pour une hausse de salaires et un salaire minimum porté à 18 000 roubles.

Usine Ford. Grève en novembre de 1 500 des 2 200 salariés qui relançait la grève de février 2007. La direction interdit l’action de l’usine aux ouvriers en déployant les OMON (CRS locaux). Des centaines d’ouvriers tiennent meeting chaque jour devant l’usine, empêchant grâce aux piquets de grève, les « jaunes » de briser le mouvement. Les grévistes réclament une hausse de 30 % des salaires. Les ouvriers ont scandé « la France nous montre la voie à suivre. Hourrah ! » (Il y avait à l’époque la grève reconductible des cheminots). La grève a été massivement soutenue dans le pays. Même des politiciens bourgeois ont réclamé « un assouplissement de la législation sociale », des travailleurs membres des syndicats officiels ont participé au mouvement.

La direction Ford a refusé toute négociation avant l’arrêt du travail, tout paiement des grévistes. Une lettre a été envoyée à chaque travailleur pour qu’il se déclare « non gréviste » afin de toucher  2/3 de leur salaire, victime du « chômage forcé » « résultat de la grève » !!!

Les grévistes ont changé de tactique : en alternance certains (avec accord des grévistes) ont repris le travail, d’autres continuaient la grève afin de paralyser Ford, tout en permettant aux travailleurs de ne pas être victime d’une grève de longue durée. L’essentiel étant la continuité de l’action pour frapper le monopoliste à la caisse. Piquets de grève filtrant  ceux qui étaient autorisés à reprendre le travail, les meetings se poursuivant devant l’usine, avec participation des « non grévistes ».

Le syndicat des Ford a créé une coordination des ouvriers des usines d’automobiles. La direction qui perdait 2 à 4 millions de roubles par jour, a entamé un processus de répression à l’encontre des militants les plus actifs. Le PCOR et ses élus régionaux ont mené une vaste campagne de solidarité anti-répression qui a porté ses fruits et a permis des réintégrations. Les travailleurs ont obtenu de premières avancées mais l’action se poursuit.

 

Carélie, Kostomourskha.

Dépôts ferroviaires et cheminots (trains privés). Les travailleurs restent les « bras croisés » et refusent de travailler (Sit in). Cela touche 5 120 travailleurs ! La victoire est au bout avec une hausse générale des salaires de 70 % !

Rappelons que ces actions sont le plus souvent illégales, que la législation bourgeoise ne reconnaît que le dépôt de requêtes, examinées par les commis du nouveau tsar (les gouverneurs), c’est la tâche des syndicats officiels poutiniens mais ces derniers sont en crise, malgré leur « trésor de guerre »,  nombre de ses adhérents rejoignent les comités de lutte ou les autres syndicats.  Cet éveil de la classe ouvrière de Russie, ne constitue que les prémisses de luttes toujours plus nombreuses et victorieuses. L’URCF exprime sa solidarité de classe et internationaliste à l’égard du grand mouvement ouvrier de Russie qui grâce à trois révolutions au XXéme siècle et à sa révolution  socialiste victorieuse d’octobre 17 a  légué un héritage précieux.

Commission ouvrière et d’entreprise de l’URCF le 4 mars 2008

 
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