Projet de loi d’orientation pour l’école :
Fillon aux ordres du patronat et du capitalisme européen
Depuis le 16 décembre, la version définitive du projet de loi pour l’Éducation nationale est connue. Rédigé au pas de charge, le texte de cette loi d’orientation, qui engage l’avenir de l’école publique pour au moins dix ans, devrait être soumis au Parlement dès janvier. Entre temps, les deux principales instances consultatives de l’Éducation auront eu beau voter très majoritairement contre son projet, le ministre n’en a cure : il est pressé, désormais, de répondre aux injonctions des maîtres à penser d’une Europe au service du capital. Les mesures
Le cadre de la loi : la stratégie de Lisbonne et les prévisions du MEDEF
L’objectif stratégique fixé par l’Union européenne pour 2010 est rappelé en préambule du document de travail, avec la citation intégrale du Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 : « Devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une plus grande cohésion sociale. »
Objectif relayé par les exigences du patronat français, à lire dans l’introduction du rapport Thélot : « Accroître le niveau de qualification des individus, mais pas lors de la formation initiale, donc prévoir l’essor de la formation tout au long de la vie… Prévoir la part considérable des emplois peu qualifiés ou d’une qualification d’ordre comportemental ou relationnel… »
Les mesures Fillon s’inscrivent bien dans ce cadre et préparent adroitement le terrain d’une école à moindre coût public et à deux vitesses.
Des chiffres en trompe l’œil affichent de prétendues ambitions (80% d’une classe d’âge au niveau du Bac, 100% de qualification pour tous, 50% de diplômés en 2015), affichage qui relève du cynisme dans le contexte de la nouvelle saignée budgétaire annoncée pour la rentrée prochaine ( -7500 postes d’enseignants dans le secondaire) et les perspectives pour les cinq ans à venir (déficit de 10 000 recrutements).
En fait, les chiffres qui intéressent le patronat sont donnés plus loin : le nombre de classes européennes (qualifiées parfois comme classes d’élite) augmenté de 20%, le nombre d’apprentis (formés sous la férule patronale ) augmenté de 50%.
Pour organiser ce tri social permettant l’émergence d’une élite compétitive d’une part, et d’une masse de travailleurs sous qualifiés et surexploitables d’autre part, le ministre impose aux élèves l’acquisition d’un « socle commun » des connaissances, véritable arme de guerre contre la démocratisation de l’école. En effet, ce socle des indispensables (français, maths, ordinateur, saupoudrage de culture historique et scientifique) devrait permettre à l’institution scolaire de marquer au fer rouge les enfants considérés en échec, issus principalement des couches populaires, puis de les orienter dès l’âge de 12 ans vers des filières de relégation (apprentissage, classes dites « préprofessionnelles », dispositifs relais…). Pour enfoncer le clou de cette exclusion organisée, le ministre invente le CIRE , « contrat individuel de réussite éducative » qui renvoie à chaque élève (et à sa famille) la responsabilité de son échec…prévisible, compte tenu du niveau dérisoire de l’aide apportée.
Parallèlement à ces mesures, le projet de loi réduit encore l’offre d’enseignement, notamment dans les lycées généraux et professionnels (horaires allégés en seconde, suppression de dédoublements et d’options), renforce le cloisonnement entre les filières, et remet en cause la valeur nationale du brevet et du baccalauréat (avec le poids du contrôle continu, un « bac de banlieue » aura- t-il la même valeur qu’un «bac de centre ville » ?)
On le voit, les élèves des milieux populaires seront les premières victimes de cette loi, mais les personnels seront, eux aussi, sacrifiés sur l’autel de la compétitivité et de la rentabilité financière. Trois mesures phares organisent l’accroissement de la charge de travail, une flexibilité renforcée et la casse des solidarités : le remplacement en interne, dans les collèges et lycées, permettant la réquisition d’enseignants obligés d’accepter jusqu’à 72 heures supplémentaires annualisées ; flexibilité et dévalorisation du métier d’enseignant aggravées par la contrainte de la bivalence (enseigner plusieurs disciplines) ; le renforcement des pouvoirs du chef d’établissement et la création d’un « Conseil pédagogique » où des professeurs choisis par le chef d’établissement pourront exercer un contrôle sur le travail de leurs collègues.
Face à une telle entreprise de démolition du service public d’éducation, on pouvait s’attendre à une réaction d’ampleur de la part des organisations syndicales. On est loin du compte, et la grève lancée par le SNES le 7 décembre, malgré un résultat honorable, a mis en évidence, non seulement la trahison d’organisations vendues au capital comme l’UNSA ou la CFDT, mais aussi la fragilité idéologique des syndicats de la FSU, peinant à mettre en cohérence les mesures Fillon, la politique de casse du gouvernement Raffarin et le projet de constitution européenne.
L’URCF, quant à elle, considère qu’on ne peut pas défendre l’école publique, sans s’opposer résolument à la construction d’une Europe au service d’une minorité de capitalistes.
article IC 64