Un arsenal contre les travailleurs et contre les peuples.
Depuis le début du processus (traité de Rome) en 1957, loin d'être une modernisation, c'est au contraire à une véritable restauration des vieux privilèges que vise la construction européenne. En institutionnalisant le rôle prépondérant des " élites " économiques sur l'ensemble de la vie sociale, la constitution vise plusieurs objectifs dont la conjonction permettra de pérenniser la domination sans partage des tenants du capital.
Le 13 juin, les travailleurs et les peuples des pays intégrés dans l'U.E. étaient appelés à cautionner la destruction de leurs droits en élisant le "parlement européen". La réponse fut sans ambiguïté : par dizaines de millions, les peuples ont dit non à l'Europe du capital.
Dans la plupart des pays, les abstentionnistes étaient bien plus nombreux que les votants. La greffe, visiblement, ne prend pas, le rejet est massif. En médecine, on passerait à autre chose, mais en politique…..
Mais pour les représentants du capital du vieux continent, il y a loin de la coupe aux lèvres et il n'est pas, bien entendu, question d'entendre une voix contraire à leurs intérêts, fût-elle majoritaire. Et c'est pourquoi cinq jours après ce scrutin particulièrement impopulaire, les chefs d'États des 25 gouvernements signaient, toute honte bue, l'acte de naissance d'une constitution européenne rejetée par avance par les peuples.
Il faut souligner que l'œuvre giscardienne a été concrétisée grâce à l'aide précieuse de la social-démocratie, puisque sur les 105 membres de la "Convention sur l'Avenir de l'Europe", 63 appartenaient au Parti socialiste européen.
L'objectif de cette constitution est de créer les conditions de la pérennisation de la domination du capital et d'ouvrir par tous les moyens de nouveaux marchés à son insatiable appétit et d’interdire toute politique économique alternative à l’économie de marché. Le but est de faire du règne de la propriété privée et de la concurrence la loi fondamentale autour de laquelle s'articulerait la vie de la future U. E.
Le but est aussi d’éloigner les centres de décision (UE au-dessus des nations). Le pouvoir serait remis à des organismes non élus et indépendants des gouvernements nationaux (Conseil, Commission, banque centrale, …) à travers la mise en place d'une aristocratie de technico-bureaucrates européens, privilégiés et serviles, sous les ordres directs du capital.
L'argent comme principe, le pouvoir exclusif comme moyen et le marché comme loi suprême, tel est en gros le triptyque de la société capitaliste à son stade de développement impérialiste. Pour asseoir sa domination, la bourgeoisie européenne a besoin de s'attaquer à tous les acquis des peuples dans chacun des pays membres : le projet de constitution européenne, c'est l'institutionnalisation de la régression sociale (la mise en place du moins disant social) : attaque contre les retraites, destruction des systèmes de protection sociale, allongement de la durée hebdomadaire du travail, atteinte aux congés maternité etc.
C'est l'exploitation de l'Homme par l'Homme, c'est à dire la spoliation sans frein du travail par le capital, que cette constitution élève au rang de principe. Et le chapitre des attaques contre les travailleurs est loin d'être clos ! C'est la raison d'être du projet de directive "Bolkestein" prévue pour ratification début 2005. Il lui faut donc également renforcer l'arsenal répressif pour essayer de désamorcer la moindre velléité, le moindre geste de rébellion. Car, cette Europe-là, c’est aussi l’Europe de la répression pour asseoir un pouvoir des bourgeoisies monopolistes, assurant ainsi une politique anti-sociale, anti-ouvrière et anti-démocratique. Nous ne sommes pas loin du moment où les peuples renverront cette Europe dans les poubelles de l’Histoire.