Front des luttes - janvier 2010
Total (Lacq, Pyrénées-Atlantiques) ExxonMobil (Le Havre) Thomas Cook (Voyagiste) Alsapan (Erstein, fabrication de meubles) analyse des luttes Marbot-Bata (Dordogne, fabrication de chaussures) analyse des luttes
Sur le front des salaires
L'intersyndicale CGT, CFDT, FO et Sictame-Unsa revendiquait une hausse des salaires de 2,3%, accompagnée d'une prime de 900 euros.
Un accord salarial a été signé mardi 5 janvier sur le site pétrolier du groupe Total à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), près de Pau, où environ 200 salariés sont en grève depuis le 24 décembre à l'appui de revendications salariales. Les syndicats FO et CFDT, qui constituent ensemble une majorité électorale dans l'entreprise, ont signé cet accord sur la base de la proposition de la direction, soit seulement une hausse de 1,6% sans prime.
L'entreprise accorderait en même temps aux salariés une "distribution gratuite d'actions".
L'arrêt de la grève, ou une éventuelle poursuite du mouvement sur des bases nouvelles, sera décidé lors de réunions du personnel prévues mercredi 6 janvier a déclaré le représentant syndical CGT. La CGT a refusé la signature de l'accord après un vote négatif de l'assemblée générale des travailleurs du site. "Même si les résultats du groupe Total ont été moins bons cette année, cela ne justifie pas cette frilosité de la direction", indique le délégué CGT.
La lutte a entraîné une diminution de la production du site, passée de 3,7 millions de mètres cubes à 2,5 millions, tandis que la livraison d'acide à Arkema est passée de 7.000 m3 par jour à 4.000 m3.
La raffinerie ExxonMobil de Port-Jérôme (Seine-Maritime) et le complexe pétrochimique qui lui est associé étaient en grève pour obtenir une augmentation des salaires.
La grève commencée jeudi soir 14 janvier sur ce site, qui est le plus important du groupe américain en Europe avec ses 2 500 salariés, est suivie par 70 à 80% du personnel travaillant par quart. La quasi-totalité des unités sont à l'arrêt et les autres tournent uniquement pour des raisons de sécurité.
Un accord signé avec la CFE/CGC et la CFTC prévoit pour 2010 une hausse des salaires de 2,1% dont 0,6% d'augmentation générale, le reste étant individualisé. Dans le document, figure en outre l'attribution d'une prime de 750 euros pour chaque salarié.
Les autres syndicats, la CGT, FO et la CFDT ont refusé cet accord et réclament avec les ouvriers une augmentation générale de 2% avec un plancher de 60 euros. "L'accord a été négocié, il est valable et devra s'appliquer", commente de son côté le porte-parole de la direction.
Prévu pour durer 40 heures, le mouvement devait s'achever le samedi à 14h. "Nous ne nous interdisons pas de poursuivre la semaine prochaine en considérant que nos revendications ne sont pas excessives à l'échelle d'un groupe qui a terminé l'année 2009 avec dix milliards de dollars de profit, malgré la crise", rajoute le délégué CGT. La grève affecte également l'autre raffinerie française du groupe située à Fos-sur-mer, près de Marseille, qui emploie 230 salariés. Sur ce site, la grève prévue pour durer 32 heures est suivie par plus de la moitié du personnel travaillant par quart.
Quelque 40% des 1 700 salariés du voyagiste Thomas Cook France ont fait grève jeudi 7 janvier pour des augmentations de salaires. Environ 80 salariés ont bravé un froid glacial dans la matinée pour se réunir devant le siège du voyagiste à Clichy (Hauts-de-Seine). "Ça fait deux ans qu'on n'a pas eu d'augmentation générale", a souligné la déléguée syndicale centrale de la CFTC.
Pourtant le bénéfice net 2008/2009 du voyagiste a augmenté de 46%. "On a dégagé des résultats positifs depuis deux ans mais il n'y a aucun retour pour les salariés", proteste le délégué syndical CFE-CGC, "alors que nous sommes dans un contexte de salaires faibles où l'employeur pousse à l'extrême la rémunération variable".
Une des lois du capitalisme est bien celle du profit maximum, même si les bénéfices augmentent, les entreprises capitalistes continuent et accentuent l’exploitation, l’appropriation privée (par les seuls propriétaires) de cette plus-value (richesse) créée par les salariés.
Thomas Cook est deuxième tour-opérateur en France, derrière le numéro un européen TUI Travel avec ses filiales Nouvelles Frontières et Marmara. Filiale du britannique Thomas Cook, Thomas Cook France regroupe les marques Thomas Cook, Aquatour, Jet tours et Secrets, enregistrant 610 000 clients en 2008 dans ses plus de 670 agences.
L'usine d'Erstein (Bas-Rhin) de l'entreprise Alsapan, spécialisée dans la fabrication de meubles en kit et dont l'un des principaux clients est la firme suédoise Ikea, était bloquée mardi 19 janvier par les travailleurs en grève qui revendiquent des augmentations de salaires. Environ 300 ouvriers travaillent à Erstein et 70% d'entre eux participent au mouvement. "Nous réclamons une augmentation des salaires de 2,5% ainsi qu'une prime de fin d'année", a expliqué le délégué CFDT. De plus, les salariés ne peuvent pas prendre les transports en commun en raison des horaires décalés et réclament donc une prime de transport de 4 euros par jour.
"La direction ne veut nous recevoir que mercredi, mais je crois qu'ils sont actuellement en train de réfléchir aux propositions qu'ils pourraient nous faire. Ce qui les embête, c'est qu'il y a actuellement une quinzaine de camions pour Ikea qui sont bloqués devant l'usine. On les tient par les camions en quelque sorte".
L'entreprise Alsapan dépend du groupe EPI, spécialisé dans les revêtements de sols. EPI est coté en bourse et compte 750 salariés. L'usine Alsapan de Dinsheim-sur-Bruche (Bas-Rhin) avait déjà fermé ses portes l'an dernier, entraînant 55 suppressions d'emplois dont 12 licenciements secs.
Notre analyse de ces luttes :
Les ouvriers et employés du pétrôle, d’Alsapan, Thomas Cook et d’ailleurs, producteurs des richesses matérielles, sont juste bons à être exploités, comme c’est la loi sous le capitalisme. La loi du profit maximum est une loi fondamentale du capitalisme-impérialisme. Nos patrons et l’Etat qui leur est subordonné, ne veulent pas augmenter le niveau de vie des travailleurs, mais veulent baisser le « coût » du travail (le prix de vente de la force de travail) par tous les moyens pour augmenter leur taux de profit. Seule la lutte peut les faire reculer. Sarkozy et le gouvernement ont une feuille de route donnée par l’oligarchie financière : nous faire payer la crise et en tirer des bénéfices !
La question des salaires est une revendication centrale de la classe ouvrière. L’URCF soutient la lutte de ces travailleurs qui doivent étendre leur grève à tous les sites du groupe (quand il existe plusieurs sites) et à la lutte générale pour des augmentations de salaires à tous les travailleurs de France. Cependant, les salariés doivent aussi refuser l’individualisation des salaires, les primes et les actions salariales qui soumettent ceux qui travaillent aux résultats supposés de l’entreprise et aux profits des propriétaires capitalistes ! Revendiquons l’intégration des primes dans le salaire !
La revendication centrale urgente et unifiante, soutenue par l’URCF, est d’exiger le SMIC à 1600 euros nets, l’augmentation générale des salaires et pensions de 300 euros nets mensuels. A chaque militant et travailleur de faire grandir cette double exigence dans sa section syndicale et dans sa confédération. Ensemble, le 23 mars et après, nous devons construire un rapport de force gagnant sur nos revendications dans la grève générale bloquante et continue. Emparons-nous de la journée de grève du 23 mars pour continuer et organiser une lutte bloquante contre les stratégies des bureaucraties syndicales qui n’ont prévu aucune suite sérieuse et planifiée pour faire aboutir les revendications. Quand les directions ont failli, la base prend le relais : il faut s’auto-organiser, créer des collectifs larges de lutte et de grève ; dans les manifestations du 23 mars, lançons des mots d’ordre pour que les manifestants occupent tout de suite des points stratégiques qui bloquent l’économie et les profits du capitalisme ; proposons tout de suite dans les prochaines manifs la création de comités qui organisent la lutte immédiate.
Salaires contre profits ! Tapons dans les coffres-forts des banques, des monopoles (multinationales) et de leur Etat !
Quant à l’avenir, il ne saurait résider dans un système capitaliste fondé sur la maximisation du profit, sur l’incapacité à satisfaire les revendications durables matérielles et culturelles, en France et ailleurs. L’URCF est persuadée que la classe ouvrière, au fur et à mesure de ses luttes, apparaîtra comme la seule classe (avec l’ensemble des travailleurs) apte à chasser la bourgeoisie afin de prendre le pouvoir, socialiser – c’est-à-dire donner aux ouvriers et aux travailleurs - les entreprises, banques, construire un nouvel Etat socialiste, afin que les producteurs de richesses puissent jouir enfin de leur travail.
Sur le front de l’emploi
Une partie des 73 salariés de Marbot-Bata occupaient mardi 5 janvier leur usine de fabrication de chaussures, vouée à disparaître à Neuvic (Dordogne), alors que les machines ne tournent plus depuis le 10 décembre.
Après dix jours de fermeture pendant les fêtes, 50 salariés sont revenus dans l'usine le lundi 4 janvier pour "occuper les locaux tant qu'il n'y aura rien de fait", a encore déclaré la représentante du personnel.
La direction avait refusé le 16 décembre de revoir son plan social contre lequel les deux tiers des 73 salariés étaient en grève.
Les ouvriers de cette usine, spécialisée dans la fabrication de chaussures militaires, sont soumis à du chômage partiel depuis avril, alors que le marché a été perdu par l’entreprise.
Jusqu'à 1 600 salariés ont travaillé dans cette usine dans les années 70.
Le samedi 23 janvier les salariés de Marbot-Bata ont manifesté à Bordeaux, devant deux magasins Bata d'une grande rue commerçante bondée « pour alerter les pouvoirs publics ».
"C'est la guerre d'usure", a dit la déléguée CFTC et membre du comité : "La direction de Bata envisage de déposer un dossier de redressement judiciaire devant le tribunal de commerce mais à ce jour rien n'est fait".
Le premier plan social a été annulé le 19 décembre par le tribunal de grande instance de Périgueux.
"Mais on tient, on n'abandonnera pas, on se battra jusqu'au bout et on sera partis la tête haute", a déclaré un ouvrier, employé depuis 38 ans.
Notre analyse :
La crise révèle à beaucoup que le capitalisme n’est pas réformable, qu’il signifiera toujours les mêmes maux pour la majorité laborieuse.
En effet, rien ne change, les fauteurs du chaos économique, les banques, les boursicoteurs, l’oligarchie, veulent profiter de la situation pour gagner toujours plus de profits, en faisant payer aux travailleurs leurs pertes et en tirant de nouveaux bénéfices !
Dans l’immédiat, le plus urgent est pour les travailleurs, la construction du rapport de forces, afin de réussir à faire payer la crise du capitalisme par ses fauteurs, augmenter les salaires, sauver et développer les emplois ! Le capitalisme veut se débarrasser des entreprises dont le profit n’est pas maximum, adapter son outil de production au besoin du marché : le résultat, c’est en France 3000 privés d’emplois de plus chaque jour.[1] Le patronat veut ainsi aggraver l’exploitation capitaliste, durcir les conditions de travail, accentuer la concurrence, volet de chômage oblige, entre travailleurs ayant un emploi et privés d’emploi.
Le programme de l’URCF est construit autour de cet axiome vérifié : les grands changements, les conquêtes sociales ont toujours leurs sources dans les luttes de classes ! Pour sauver nos emplois, nos axes de luttes sont :
- Plan national de luttes contre le chômage.
- Interdiction des licenciements.
- Suppression des CDD par la généralisation des emplois en CDI.
Les revenus des privés d’emplois (« chômeurs ») devront être revalorisés, avant l’interdiction des licenciements, il est nécessaire que les indemnités en cas de licenciements se montent à 90 % du salaire.
- Nationalisation sans indemnités des entreprises casseuses d’emploi avec contrôle ouvrier et création de vastes pôles de services publics (banques et crédit, logement, santé, Energie, transport, agro-alimentaire, Education,-Recherche-Culture-Communication-Poste).
Si L’URCF salue toutes ces luttes auxquelles elle apporte son soutien, y compris dans ses formes radicales, la solidarité implique aussi la franchise et la critique des insuffisances. Les communistes révolutionnaires doivent soutenir et développer les luttes et la solidarité de classe, les diriger contre les profits pour les emplois et les salaires. Les luttes, aussi radicales soient-elles, qui se résument à des augmentations d’indemnité de départ, s’éloignent des intérêts de classe des ouvriers. Nous ne nions pas la nécessité de cette douloureuse bataille, mais à l’issue seulement d’un combat général non victorieux pour le maintien des emplois et des sites qui nous font survivre aujourd’hui et ferons survivre nos enfants demain. L’absence organisée de véritable solidarité et de lutte à l’échelle nationale, conséquence du syndicalisme d’aménagement et d’accompagnement de la bureaucratie ouvrière, livre les travailleurs à leur propre sort. Les insuffisances, quand elles existent, ne sont pas dues aux travailleurs des entreprises concernées mais bien à l’absence de toutes revendications nationales unifiantes portées par les confédérations - et notamment par la CGT dont ce fut la pratique dans sa période de classe et de masse - et au refus actuel des bureaucraties syndicales d’affronter politiquement et frontalement l’offensive réactionnaire anti-ouvrière et anti-grèves de Sarkozy. Offensive qui a pour objectif de détruire les conquêtes sociales arrachées par nos aînés et de faire payer la crise par ses victimes : le peuple-travailleur. Au centre de ces luttes sont posées la question urgente de la défense de l’emploi, l’urgence de contrecarrer la paupérisation en exigeant une hausse des salaires, la lutte contre la précarité, la défense des services publics contre les privatisations continues et la politique bourgeoise d’austérité de réduction drastique des moyens, la solidarité avec les Sans-papiers.
La lutte pour la défense de l’emploi doit être centrée sur le refus des licenciements, en s’appuyant sur les profits de ces groupes. Le prolétariat n’a que la vente de sa force de travail pour vivre. Son intérêt et celui de son parti est de refuser la moindre suppression de poste. Aucun licenciement ! Pas de suppression d’emploi ! Non aux fermetures d’usine ! Même les suppressions d’emplois « sans licenciements » (par exemple en préretraite payée par l’impôt sur les travailleurs) doivent être combattues une par une. Ce sont nos emplois pour vivre aujourd’hui, demain ceux de nos enfants, c’est notre intérêt de classe. L’URCF est consciente que seule la lutte générale (organisée) par la grève nationale et le blocage dans la durée peut faire reculer le capital sur nos revendications immédiates ; stratégie que refusent les bureaucraties syndicales acquises aux intérêts de son capitalisme. Pour l’heure, les ouvriers et les employés de ces entreprises, avec les populations locales, doivent s’organiser en comités larges de défense de l’emploi par la grève et le blocage dans la durée. Ces comités doivent parvenir à se coordonner pour se soutenir et unifier leurs forces. Face à la trahison des bureaucraties syndicales, les travailleurs doivent s’auto-organiser, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces !
Nous saluons la détermination et l’organisation exceptionnelles des travailleurs de Marbot-Bata qui doivent tenir bon et créer un comité local de défense de l’emploi avec toute la population du bassin. Solidarité nationale avec les travailleurs en lutte pour sauver nos emplois ! Nationalisation sans indemnités des entreprises et des monopoles qui délocalisent ou suppriment les emplois ! Emplois contre profits ! Besoins contre profits !
L’URCF salue aussi toutes les luttes de classes dans les entreprises et ailleurs. Salut de lutte aux travailleurs du livre de Presstalis, aux agents de conduite SNCF de Marseille, aux salariés d’Akers (métallurgie avec séquestration de dirigeants), de la Charente Libre, du groupe Roquette leader mondial dans la fabrication d’amidon (grève tournante des 4 usines pour les salaires), KFC île de France, aux postiers de Nice, aux salariés de ZF Lemforder Macacentre (construction mécanique), de Total Dunkerque toujours en lutte (voir brève sur notre site), Vistéon :
Ce n’est qu’un début, continuons le combat, sur tout le territoire, auto-organisons nous en comités de lutte !
Salut de lutte particulier aux 12000 ouvriers de British American Tabacco en Turquie et aux travailleurs grecs qui bloquent leur pays
Retrouvez sur notre site internet, notre programme de lutte et de Révolution sous le thème : « Le socialisme : seule alternative au capitalisme ».
26 février 2010
Commission ouvrière et d’entreprises de l'URCF