Une lutte exemplaire de janvier : Total (Dunkerque)

 

 

Le 24 janvier 2010 le journal La Tribune annonçait que le groupe Total allait fermer sa raffinerie des Flandres à Mardyck, près de Dunkerque (Nord).

Le pétrolier s'apprête à convertir le site en un dépôt de carburant qui emploierait entre 30 et 50 travailleurs. Actuellement, ce sont environ 370 salariés et 500 sous-traitants qui travaillent sur le site. « Nous considérons que cette fermeture est inacceptable et irresponsable et que le gouvernement doit intervenir », se scandalise le délégué central CGT du groupe.

Cette annonce est intervenue dix jours avant la publication des bénéfices 2009 de Total, attendus autour de 8 milliards d'euros, après 13,9 milliards d'euros en 2008, le plus gros profit jamais enregistré par une entreprise française. La poursuite de l'activité de la raffinerie exigerait, d’après la Tribune, un investissement de 60 millions d'euros.

La capacité de traitement de l’usine est de 137 000 barils par jour.

"Conscient du risque politique en pleine campagne électorale des régionales", le patron de Total, Christophe de Margerie, a "tenté de déminer le terrain" et "rencontré en début de semaine François Fillon pour lui expliquer ses arguments « industriels »", écrivait La Tribune.

Les ouvriers, qui ont entamé le 12 janvier une grève sur le site, ont appelé à se rassembler le 1er février devant le siège de l'activité raffinage de Total à La Défense (Hauts-de-Seine).

La classe ouvrière de la région a déjà été affectée par la récente fermeture de l'usine d'emballage Rexam de Gravelines et la réduction de l'activité du haut fourneau d'Arcelor-Mittal à Dunkerque.

Total avait déjà annoncé en mars 2009 une restructuration de ses activités de raffinage et de pétrochimie en France, avec à la clé 555 suppressions de postes d'ici 2013. Annonce qui avait à l’époque attiré les foudres au-delà du monde ouvrier.

L'ensemble des majors pétroliers se désengagent du territoire national pour ensuite alimenter la France en produits d'importation. Ce qui, en plus de détruire des emplois et des vies de travailleurs, rend la France complètement dépendante de l'importation.

 

Délocalisations et désindustrialisation : une stratégie de l’impérialisme français

 

C’est la stratégie du capitalisme français d’exporter les capitaux (délocaliser) pour assurer son profit maximal (loi du capitalisme des monopoles) : la France est passée au 3ème rang mondial pour le niveau de ses exportations de capitaux ! La casse de l’industrie sur le territoire de France est bien une stratégie planifiée par le capitalisme français, et ne reflète nullement un affaiblissement comme le laissent penser y compris certains groupes communistes. Lénine soulignait, en comparaison avec la classe capitaliste d’Outre-Rhin, que la bourgeoisie française ne mise que sur la « tonte des coupons », sur les investissements financiers à court terme, et moins sur les investissements industriels qui exigent davantage  de temps pour apporter aux entreprises. Bien sûr l’intérêt national  exigerait  d’autres choix et mentalités, mais le capital s’en moque comme d’une guigne. La casse de l’industrie a commencé dans les années 70, avec la politique de « créneaux » conduite sous Giscard d’Estaing (partage des zones d’influence économique entre impérialismes français et allemand) : la métallurgie, la sidérurgie, ont été bradées, pour asseoir l’influence du capitalisme français dans l’exportation des capitaux et les délocalisations, dans le secteur de l’aéronautique, du luxe, de la haute finance, du tourisme, des services. Ce sont près de 2,4 millions d’emplois industriels qui ont été supprimés, dans les années suivantes, alors que les « créneaux » prioritaires n’ont généré que 1,4 million d’emplois.

C’est là le moyen, pour les monopoles de l’hexagone, de réaliser le surprofit, par la spéculation et les délocalisations d’entreprises nationales, ce qui permet à des groupes comme Renault de réaliser le maximum de bénéfices, quand on sait qu’à travail égal, l’ouvrier de Dacia en Roumanie touchera moins d’1/3 du salaire de l’ouvrier français ! On ne peut rester passifs ni résignés, même si l’ampleur du combat est réelle.

La désindustrialisation en France signifie que la production industrielle des monopoles (incontournable car base matérielle de la production de toutes les richesses) se fait dans les pays dominés par l’impérialisme français. La bourgeoisie est gagnante politiquement également, car la base sociale pour le syndicalisme de classe et l’existence d’un véritable parti communiste est touchée par la diminution des effectifs ouvriers.

Mais « Il n’y a pas de situation sans issue », disait Lénine. Tout d’abord, sur le plan syndical, il faut travailler à créer les conditions de la grève générale continue pour imposer les revendications d’urgence : non aux délocalisations, interdiction des licenciements, la bataille de classe doit prendre une dimension internationale à l’échelle de l’UE avec l’exigence d’un SMIC européen aligné par le haut.

Total est le 12ème plus important monopole du monde, le 4ème du secteur pétrolier, c’est un de ces supermonopoles (ou oligopoles) industriels, bancaires, d’assurances, qui ont acquis un caractère de domination mondiale, et qui se subordonnent même les monopoles les plus faibles : les 500 premiers atteignent un chiffre d’affaire de 21 billions de dollars US  soit  45 % du produit mondial brut ! Ces monopoles (même multinationaux) gardent une base nationale dominante unique ou en cartel (selon le poids des actions détenues). Ils s’appuient comme Total sur leur État national avec lequel ils forment un impérialisme national (français) régi par la dictature des monopoles. L’impérialisme, dans chaque pays capitaliste développé, signifie la défense et le développement des intérêts des capitalistes monopolistes « nationaux » comme Total, y compris en pillant et en s’accaparant les marchés ou secteurs de tels ou tels pays dominés. Les communistes marxistes-léninistes travaillent à forger les solidarités de classe avec les travailleurs des pays dominés, en soutenant leurs batailles revendicatives, en luttant de concert contre les monopoles qui les exploitent en commun. L’internationalisme prolétarien n’est pas qu’une formule, mais un programme d’action liant ouvriers des Etats impérialistes et des pays semi-colonisés comme alliés de classe, contre le même ennemi capitaliste.

 

Finalement , le 1er février, Total annonce qu’il reporte à la fin du 1er semestre 2010 sa décision sur le sort de sa raffinerie de Dunkerque, tout en « s'efforçant de rassurer » les 370 salariés auxquels le groupe a garanti un emploi, alors que la reprise de l'activité semble exclue ! Devant l’ampleur de la colère, Total hésite et préfère reculer l’échéance, misant ainsi sur un possible pourrissement ou découragement des ouvriers en lutte contre la fermeture du site et un rapport de force moins défavorable à la direction, alors qu’un millier de manifestants s’étaient rassemblés devant le siège du groupe pétrolier.

Et le ministre de l’industrie Estrosi ose lancer dans la foulée : « Notre volonté a été entendue »… « Des garanties ont été obtenues »…

La CGT de Total salue d’une certaine façon un « premier recul de la direction » et demande que le Président de la République convoque une table ronde sur l’avenir de la raffinerie et sur l’indépendance énergétique de la France.

"Non aux délocalisations !", ont scandé les manifestants, venus de toute la France et notamment de Dunkerque. A l'approche des élections régionales, de nombreux élus de tous bords étaient montés au créneau pour défendre le maintien de la raffinerie, une des six que détient Total dans l'Hexagone.

« C'est Sarkozy qui a demandé à de Margerie (directeur général de Total) de calmer le jeu mais ce ne sont que des paroles, nous ne les croyons plus ! », a déclaré le coordonnateur CGT pour le groupe, devant les salariés.

Après avoir manifesté devant le bâtiment de La Défense où l'annonce a été faite, les salariés en lutte, venus de toute la France, ont rejoint la tour Total, ils ont forcé les portes et occupé en début d'après-midi le hall. « Nos dirigeants ne sont pas très courageux : ils ont décidé de la fermeture, mais n'osent pas le dire », a ajouté le coordonnateur CGT au nom d'une intersyndicale, parlant d'un "report tactique et politique". « Le recul dans le contexte des élections régionales démontre que le rapport de forces monte en puissance ».

Le mardi, les salariés de la raffinerie des Flandres ont décidé de reconduire tacitement leur mouvement de grève entamé depuis le 12 janvier, au lendemain de l'annonce par Total du report de sa décision sur l'avenir du site. La mobilisation reste forte parmi ces travailleurs : « Il ne fait aucun doute que tout le monde reste plus que jamais mobilisé et est d'accord pour continuer à bloquer le site », a expliqué le délégué Sud à Dunkerque. « Notre revendication aujourd'hui, c'est de faire le grand arrêt (opération de maintenance du site) et de redémarrer le raffinage et on n'en démordra pas. On ne se laissera pas faire, on se battra jusqu'au bout ». « On tiendra jusqu'au bout, pas question d'arrêter la grève. Battons-nous, il est grand temps de faire quelque chose. Il faut que les autres raffineries du groupe nous rejoignent », ajoute le délégué Sud Chimie.

Une intersyndicale FO-CGT-CFDT-SUD-CFE/CGC devait se réunir le vendredi à Paris pour décider d'un éventuel appel à la grève de l'ensemble des raffineries de Total en France.

« Laisser les gens attendre encore six mois, c'est scandaleux et c'est se foutre de la gueule du monde », répète le délégué Sud, à la centaine de salariés rassemblés, sous une pluie battante, devant le piquet de grève installé devant le site depuis trois semaines. « Leurs annonces, c'est de l'hypocrisie, de la fumisterie, c'est honteux de la part de notre direction », ajoute-il, alors qu'une épaisse fumée noire en provenance de pneus qui brûlent, s'élève dans le ciel. « Y'en a marre qu'on nous prenne pour des cons et qu'on nous raconte des conneries », s’émeut un employé à la raffinerie depuis 15 ans.

Après l'annonce par Total du report de sa décision, un mannequin représentant un salarié Total a été installé sous une guillotine. « On est déçus, en colère, on a encore une fois été trompés. On nous a menti pendant cinq mois et là, on recommence. On ne peut plus se permettre d'attendre six mois à nous laisser pourrir sur le site comme des malpropres », déclare un ouvrier qui travaille depuis trois ans à Dunkerque.

Une école de formation seraient crée pour employer deux tiers des 370 salariés du site.

« On veut vous faire croire que nous les prolos, on va nous transformer en professeurs ? C'est de la foutaise tout ça ! », explique le délégué CGT, dont les propos sont accueillis par une salve d'applaudissements…

 

L'abattement laisse place à la colère. « On a été gentils jusqu'à maintenant, mais ça ne peut plus durer. Il faut vider les bureaux, chasser la direction d'ici », avance un délégué. Dans l'assemblée, plusieurs voix s'élèvent pour dire qu'il "faut séquestrer le patron, comme ailleurs".

Malgré la révolte, la fatigue se fait déjà sentir : « Tenir encore six mois de grève, ça va être très difficile, voir quasi impossible. Physiquement, moralement, financièrement, on est déjà à bout », reconnaît un ouvrier. « On verra ce qu'on peut faire pour mobiliser les autres raffineries, créer un mouvement national, plus dur, mais plus court, pour avoir plus d'impact », explique finalement cet ouvrier.

Le jeudi  4 février, 2 000 personnes ont manifesté leur soutien aux salariés de la raffinerie derrière une banderole proclamant "Non à la fermeture de la raffinerie des Flandres !".

"Total, Total, Totalement responsables", ont scandé les manifestants. « On veut redémarrer. Le projet qu'on nous a donné, c'est de la merde. On veut raffiner. Le projet ne tient pas du tout la route », a déclaré le délégué syndical Sud, « la raffinerie est viable, c'est la dernière construite par Total ». « Les travailleurs, quand on les met dans l'incertitude, et quatre mois de plus par dessus le marché, ce sont des méthodes de terroristes », a tonné le secrétaire du pôle-chimie CGT du littoral dunkerquois, en s'adressant à la foule, sur la place Jean-Bart, lieu où se déroule chaque année le carnaval de Dunkerque. « Les projets de substitution ? Foutaises ! Nous devons exiger le redémarrage de la raffinerie des Flandres », a-t-il poursuivi avant de prendre rendez-vous pour une nouvelle manifestation, le vendredi 12 février.

Les salariés en lutte de la raffinerie ont adressé mercredi un "ultimatum" à la direction, exigeant le redémarrage de l'usine avant le 15 février, sans quoi ils "prendront possession de l'outil de travail".

Le 5 février 2010, une intersyndicale CGT-CFDT-Sud-FO appelle les salariés des raffineries françaises du groupe monopolistique Total à faire grève à partir du 17 février pour défendre l'emploi et les investissements.

Un appel est lancé pour bloquer les expéditions dans les cinq raffineries en activité. Total possède six des douze raffineries françaises: Dunkerque, Gonfreville, Donges, Grandpuits, Feyzin et Provence.

 

Christophe de Margerie, le PDG de Total, touche 10 millions d'euros par an ! L’Etat français est le premier actionnaire du Groupe (38%), démonstration flagrante et supplémentaire – s’il en était besoin - de la subordination de l’Etat aux monopoles capitalistes.

Le programme de l’URCF est construit autour de cet axiome vérifié : les grands changements, les  conquêtes sociales ont toujours leurs sources dans les luttes de classes !

Pour sauver nos emplois, nos axes de luttes sont :

 

?  Plan national de luttes contre le chômage.

?  Interdiction des licenciements.

?  Suppression des CDD par la généralisation des emplois en CDI.

?  Les revenus des chômeurs (privés d’emplois) devront être revalorisés, avant l’interdiction des licenciements, il est nécessaire que les  indemnités en cas de licenciements se montent à 90 % du salaire.

?  Nationalisation sans indemnités des entreprises casseuses d’emploi avec contrôle ouvrier et création de vastes pôles de services publics (banques et crédit, logement, santé, Energie, transport, agro-alimentaire, Education,-Recherche-Culture-Communication-Poste).

 

Les marxistes-léninistes savent que les nationalisations relèvent du capitalisme d’Etat (nous avons largement écrit sur le sujet) ; mais dans ces entreprises nationalisées, les travailleurs (aidés par les véritables communistes) devront poser la question d’une production qui réponde aux besoins de la population. Les nationalisés seront ainsi l’objet d’une âpre lutte de classes entre les monopolistes, leur Etat et les travailleurs cherchant toujours plus à satisfaire leurs revendications sociales, politiques. Les monopolistes et leurs agents préconiseront toujours la rentabilité financière, le pillage des entreprises et ressources des pays dominés. La bataille pour les nationalisations exacerbera toutes les contradictions du système capitaliste, si les communistes jouent pleinement leur rôle, et des millions de travailleurs se poseront la question du bris de l’Etat capitaliste, obstacle ultime à leur émancipation sociale.

La crise révèle à beaucoup que le capitalisme n’est pas réformable, qu’il signifiera toujours les mêmes maux pour la majorité laborieuse.

En effet, rien ne change, les fauteurs du chaos économique, les banques, les boursicoteurs, l’oligarchie, veulent profiter de la situation pour gagner toujours plus de profits, en faisant payer aux travailleurs leurs pertes et en tirant de nouveaux bénéfices !

Dans l’immédiat, le plus urgent est, pour les travailleurs, la construction du rapport de forces, afin de réussir à faire payer la crise du capitalisme par ses fauteurs, à augmenter les salaires, à sauver et développer les emplois ! Le capitalisme veut se débarrasser des entreprises dont le profit n’est pas maximum, adapter son outil de production aux besoins du marché : le résultat, c’est en France environ 3000 privés d’emplois de plus chaque jour. Le patronat veut ainsi aggraver l’exploitation capitaliste, durcir les conditions de travail, accentuer la concurrence, volet de chômage oblige, entre travailleurs ayant un emploi et privés d’emploi.

La lutte pour la défense de l’emploi et le maintien du site doit être centrée sur le refus des licenciements, en s’appuyant sur les profits du groupe. Le prolétariat n’a que la vente de sa force de travail pour vivre. Son intérêt est de refuser la moindre suppression de poste. Aucun licenciement ! Pas de suppression d’emploi ! Non aux fermetures d’usine ! Même les suppressions d’emplois « sans licenciements » (par exemple en préretraite payée par l’impôt sur les travailleurs) doivent être combattues une par une. Ce sont nos emplois pour vivre aujourd’hui, demain ceux de nos enfants, c’est notre intérêt de classe.

L’URCF est consciente que seule la lutte générale (organisée) par la grève nationale et le blocage dans la durée peut faire reculer le capital sur nos revendications immédiates ; stratégie que refusent les bureaucraties syndicales acquises aux intérêts de son capitalisme. Les directions confédérales pourraient au cas particulier lancer des appels à des arrêts de travail par solidarité de classe avec les ouvriers de Total Dunkerque ! Une caisse nationale de solidarité avec les grévistes peut être aussi lancée. Pour l’heure, les ouvriers et les employés de Total, avec les populations locales, doivent s’organiser en comités larges de défense de l’emploi par la grève et le blocage dans la durée.

Emploi contre profit ! Salaires contre profit ! Tapons dans les caisses des monopoles (multinationales) et de l’Etat à leur service !

 

Solidarité de classe avec les ouvriers en lutte de Total !

 

Retrouvez notre programme sous le thème : « Le socialisme : seule alternative au capitalisme »  

 

Commission ouvrière et d’entreprises de l'URCF, 13 février 2010

 

 
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