SUR LE FRONT DES LUTTES (septembre 2008).

Commission ouvrière et d’entreprise de l’URCF.

 

La crise générale du capitalisme confirme amplement les analyses de Karl Marx : « L’obstacle à la production capitaliste réside dans le capital lui-même ».

La baisse tendancielle du taux de profit (loi incontournable du régime d’exploitation de l’homme par l’homme) pousse les monopoles, pour contrecarrer les effets de cette loi, à accumuler toujours plus le capital pour spéculer et réaliser le profit maximum.

Le recours à l’automatisation et à l’allongement du temps de travail pour extraire la plus-value absolue (cf. la politique de Sarkozy) se traduit par les suppressions de postes, les délocalisations là où le prix de vente de la force de travail est plus bas, les fermetures d’usines.

Les groupes multinationaux et le capital financier veulent faire payer la crise de leur système aux travailleurs alors qu’ils ont dilapidé 950 milliards de dollars, plaçant l’humanité laborieuse au bord de la catastrophe.

Depuis plusieurs années, sur fond de crise du système, les groupes monopolistes, par l’intermédiaire des gouvernements à leur service, grâce à la toute puissance de l’appareil d’Etat capitaliste, ont conduit une dure politique d’austérité salariale, de précarisation des salariés, de chômage massif. Cette politique néo-libérale de l’impérialisme va s’aggraver avec la dimension financière de la crise capitaliste.

Les conséquences pour la classe ouvrière et les travailleurs sont prévisibles : aggravation de l’exploitation capitaliste, tendance accrue à la paupérisation absolue du prolétariat, des employés, appauvrissement des couches moyennes, poussée du chômage, suppressions d’emplois publics. En réalité, contrairement aux paroles du président de la République, on va travailler plus pour gagner toujours moins ! 

L’enjeu des prochaines batailles de classe se profile : lier la défense et le développement des emplois à la lutte pour la hausse des salaires en obligeant le capital à des reculs par des luttes radicales et unifiées, en aggravant les contradictions internes d’un système à bout de souffle.

L’oligarchie financière va proposer diverses mesures avec le soutien bruyant des médias à sa solde, consistant « à tout changer pour que rien ne change » (Lampedusa, Le guépard) comme l’annonce Sarkozy.

La crise générale du capitalisme confirme pleinement les enseignements du marxisme-léninisme. Ce mode de production, plus que jamais pourrissant et parasitaire, s’avère incapable de satisfaire les besoins même élémentaires de l’humanité ; il doit être détruit par une  révolution  qui permette de continuer le progrès social, de conquérir une démocratie véritablement populaire et d’assurer ainsi les libertés démocratiques. Seul le socialisme est la réponse d’avenir à la barbarie capitaliste, à sa gabegie mondiale.

Mais il y a loin de la nécessité à la réalité.

La destruction du PCF comme parti ouvrier, réellement communiste et révolutionnaire, par l’opportunisme et le révisionnisme soutenus par le capital, celle de la CGT comme centrale nationale de lutte de classes, continuent d’opérer leurs méfaits, alors que la reconstruction de ces mêmes organisations retarde sur les besoins objectifs.

En analysant les luttes actuelles, on mesure combien, sans organisations révolutionnaires politique et syndicale, l’hétérogénéité du  mouvement ouvrier et gréviste est grande, combien le recours amplifié aux solutions individuelles et l’absence de revendications centrales unifiantes conduisent à l’éclatement de luttes isolées (et maintenues dans l’isolement par les bureaucraties d’aménagement du capitalisme). Luttes isolées qui ne peuvent quasiment jamais être victorieuses.

Notre solidarité  communiste doit s’exercer à l’égard de ces travailleurs, laissés à leur propre lutte, qui font preuve d’une courageuse combativité à l’heure où les directions confédérales prônent la  résignation et la soumission à l’ « ordre social » existant sur le mode « pas de politique ! ».

 

Quelques exemples de luttes et de résistances

Raynal et Roquelaure (Vaucluse)

Cette entreprise, qui produit des raviolis en conserve, est en grève depuis le 26 août. Grève suivie massivement par 209 des 240 salariés.

L’usine produit chaque année 5 000 tonnes de conserves avec 50 salariés de moins que les années précédentes. Chez Raynal, les salaires sont très bas -en moyenne de 1 000 euros -alors que le chiffre d’affaires est de 100 millions d’euros.

Les travailleurs exigent la reconnaissance financière d’autant que leur charge de travail a augmenté, ils réclament 60 euros nets d’augmentation mensuelle.

La direction a tenté de diviser le front uni des travailleurs en proposant des augmentations individualisées de 36 à 78 euros bruts.

Parallèlement, elle a joué la carte de la répression en assignant les grévistes devant les tribunaux pour « grève abusive », mais a été déboutée.

L’action se poursuit. L’URCF soutient la lutte pour la hausse des salaires, la revendication centrale et unifiante est d’exiger le SMIC à 1 600 euros, l’augmentation générale des salaires et pensions de 300 euros nets mensuels.

A chaque militant et travailleur de faire grandir cette double exigence dans sa section syndicale et dans sa confédération.

 

Fonderie Helvéticast. Ponts de Cé (Angers)

Cette usine appartient au groupe Vista Capital management. Les travailleurs y ont fait grève une semaine en menaçant de faire sauter 14 000 pièces d’aluminium amoncelées. « S’il y a une décision collégiale, on mettra le feu », a déclaré le délégué CGT.

Les travailleurs refusent les 18 licenciements sur 90 salariés. « Pas de remise des pièces d’aluminium, comme préalable à la discussion », diront les grévistes.

Ces fameuses pièces représentent une valeur de 250 000 euros. Cette lutte confirme la casse des emplois dans toutes les régions de France.

La lutte s’est achevée provisoirement par la suspension du mouvement, les pressions sur les grévistes étant énormes. Les revendications demeurent et la lutte continue sous d’autres formes.

Cette grève atteste à la fois de la détermination, de la colère, de l’esprit de solidarité ouvrière, mais aussi du désespoir grandissant.

Le facteur principal de ce désespoir réside dans l’isolement et l’absence de stratégie de convergences des luttes, de solidarité financière et politique à l’échelle nationale. Nous devons faire grandir les mots d’ordre : « Tous pour un, Un pour tous ! » «  Non aux licenciements ! »

 

Atmel Rousset (Bouches du Rhône).

Cette entreprise américaine fabrique des semi-conducteurs. Une grève de 5 jours a éclaté. Les salariés sont d’accord avec la direction sur les « départs volontaires ».

A l’appel de la CFDT, le site a été bloqué. Les exigences des travailleurs portent sur le montant des primes de licenciement en demandant une prime de départ de 23 000 euros plus 1 mois de salaire brut par année d’ancienneté.

145 salariés sur 1425 vont être licenciés. Cette prime serait valable durant 5 ans pour tout salarié en cas de fermeture du site (ce qui semble être l’objectif final du patronat si son plan ne passe pas).

Parallèlement, la section CFDT dit oui à la volonté de la direction d’augmenter la production avec des effectifs réduits. Effet pervers de la campagne de Sarkozy sur le « travailler plus », puisque l’allongement du temps de travail ou l’augmentation des cadences de travail va diminuer le salaire réel dans tous les cas.

Actuellement il y a 85 « volontaires » sur les 145 prévus.

Nous sommes solidaires de ces salariés dans leur détresse, mais nous nous devons de dire franchement notre opinion. Nous avons l’exemple d’un combat dévoyé par un syndicat de collaboration de classes.

Le contexte économique est particulièrement difficile, ainsi se créent les conditions objectives d’émergences de courants de résignation voire de capitulation, encouragés par les bureaucraties syndicales.

L’individualisme prôné par le « syndicalisme de l’individu » fait rechercher des solutions personnelles et non collectives. On ne peut lutter, même avec des moyens de luttes comme la grève, pour aménager la politique de chômage de masse du capital.

L’URCF pense qu’il est vital, pour la classe ouvrière, d’avancer d’autres axes pour son combat

La lutte doit être centrée sur le refus des licenciements, en s’appuyant sur les profits de ce groupe. Il faut agir auprès de la population pour qu’elle s’organise en comité de défense de l’emploi local afin d’aider les travailleurs dans leur lutte contre les licenciements. Toute fermeture d’entreprise, toute suppression d’emplois, a de lourdes conséquences sur les économies locales, c’est la base pour un vaste rassemblement de défense des emplois menacés, pour des alliances de classes autour de la classe ouvrière.

Enfin, quand un groupe monopoliste étranger (comme français à l’étranger) jette les travailleurs après les avoir pressurés, nous devons faire grandir le mot d’ordre de nationalisation sans indemnités des monopoles casseurs d’emplois !

 

Equipementier Trelleborg.  Carquefou (Nantes).

Plusieurs centaines d’emplois supprimés sont annoncés. La grève a été déclenchée le 15 septembre, le site de production bloqué. La moitiés des salariés débrayent deux heures par jour, certains faisant grève toute la journée.

Les syndicats réclament de meilleures indemnités de licenciements : exigence de 35 000 euros par salarié plus 1 000 euros de prime par année d’ancienneté, sous l’impulsion de la CFDT, le syndicat majoritaire.

Le patronat veut licencier 287 travailleurs sur 1400, supprimer la centaine d’emplois d’intérimaires. Cette usine est la dernière en Europe à fabriquer des tuyaux automobiles.

Comme pour la lutte citée ci-dessus, les revendications doivent être centrées sur la défense de l’emploi, le refus de la précarité et de l’aménagement des diktats du capital.

Concernant la précarité, l’URCF considère que la lutte doit intégrer la revendication du « CDI pour tous ! »

L’URCF, dans le secteur de l’automobile sinistré par les choix patronaux, avance la revendication démocratique de création d’un vaste pôle de service public par la nationalisation sans indemnités des grands groupes automobiles et de leurs  filiales, afin de satisfaire les besoins, d’assurer les emplois.

 

Airbus. Méaulte (Somme)

La CGT a lancé le mot d’ordre de grève contre la filialisation du site picard et de celui de Saint-Nazaire. La grève a été suivie par 100 salariés sur 1300.

« On est en train d’endormir les salariés », a déclaré à juste titre le délégué CGT. Les objectifs réitérés par le PDG L.Gallois d’EADS sont clairs par leur caractère antisocial :

«  On va délocaliser en Tunisie et en Inde, mais ne vous inquiétez pas, il n’y aura pas de suppressions de postes ».

La grève minoritaire est sapée par la section FO qui condamne la grève, et délivre un chèque en blanc aux propos de Gallois. 

Des débrayages de solidarité vont se poursuivre jusqu’à la réunion du comité central d’entreprise, à Toulouse, Nantes, dans les deux établissements de Saint-Nazaire.

Là aussi, le caractère démagogique des promesses de Sarkozy sur le maintien de toutes les activités éclate au grand jour.

 

Sans-papiers. Occupation du restaurant « La Tour d’Argent ». Paris.

Les travailleurs qui occupaient ce restaurant de grand luxe, ont été expulsés brutalement après une journée d’occupation.

Des coups ont été portés à l’encontre des Sans-papiers. La diversion a été assurée par un cadre de l’entreprise qui participait à l’intervention musclée de la police et a porté plainte « pour coups et blessures ».

La CGT a dénoncé l’opération répressive « sans aucune décision de justice », ce qui ne la justifierait pas plus à nos yeux.

40 Sans-Papiers  avaient investi le restaurant pour exiger la régularisation de 7 salariés de la « Tour d’Argent ».

Les « dossiers » ayant été déposés en préfecture de Bobigny, la direction du restaurant prétend les réintégrer quand ils auront leur titre de séjour. 

Hypocrisie du patronat qui a su s’enrichir, durant des mois et des années, de l’exploitation des 7 concernés, alors qu’elle savait pertinemment qu’ils n’avaient pas d’autorisation de séjour !

L’URCF, comme toutes les forces démocratiques,  exige la réintégration sans délai des 7. Leur régularisation comme celle de tous les Sans-papiers !

 

Centre hospitalier sud-francilien (Essonne).

Les personnels de santé de cet hôpital sont entrés en  grève contre la fermeture de 39 lits et la privatisation du service de bio-nettoyage.

Les grévistes ont mis en place la gratuité des soins en exigeant le maintien des lits supprimés, des séances de dialyse pour 9 patients. 

La direction argue du « manque de rentabilité financière ». La santé n’a pas de prix, exigeons le maintien et le développement du servie public de santé en taxant les profits des grands laboratoires et des sociétés pharmaceutiques.

L’URCF contribuera à populariser cette lutte exemplaire.

 

Sans-papiers. « Metal couleur ». Bonneuil sur Marne (94 ).

D’anciens salariés licenciés et Sans-papiers de « Metal couleur » et de « Paris Store » campent depuis plusieurs mois (fin mars) devant l’entreprise « Metal couleur ».

Beaucoup de patrons refusent de s’acquitter de la taxe ANAEN (agence nationale d’accueil des étrangers et de la migration), au montant de 893 euros par  salarié. Ils ont donc recours au travail au noir et à la main d’œuvre Sans-papiers, licenciable à tout moment et source de profits juteux.

96 travailleurs de ces deux entreprises ont été licenciés suite à un contrôle de l’Inspection du Travail. 9 ont été réintégrés  à Metal couleur, aucun à Paris Store.

Les directions font « le mort » depuis, alors qu’elles avaient employé des Sans-papiers en toute connaissance de cause (faux bulletins de salaire, de sécurité sociale). La régularisation des Sans-papiers  est le seul moyen  de combattre les « négriers » modernes.

 

Renault. Sandouville.

La direction de cette multinationale a annoncé la suppression de 4 000 emplois en Europe     (1 000 en France). A l’appel de l’intersyndicale CGT, FO, CFTC, les travailleurs ont décidé d’une grève de protestation contre la suppression d’une équipe, la baisse réelle des salaires de 25 %, en raison des journées chômées.

La direction mise sur des  « départs volontaires » avec des indemnisations.

La grève est suivie par un 1/4 des salariés, qui ont bloqué la zone portuaire industrielle. « Ce qu’on veut, c’est manger, donner une vie à nos enfants et payer nos maisons », affirme le délégué CGT.

L’action a bénéficié du renfort de délégations venues de Flins, Douai, Le Mans, Cléon, de  travailleurs de Faurecia, Plastic omnium (sous-traitants de Renault). La manifestation a rassemblé 1 500 travailleurs.

La lutte continuera au moins jusqu’à la réunion du CCE, le 3 octobre. L’URCF voit confirmer ses analyses sur les conséquences de la privatisation de ce groupe qui a entraîné la casse de l’emploi, la fermeture de sites de production.

Faisons grandir, en exprimant notre solidarité avec les Renault, notre refus des licenciements. L’URCF lutte pour la nationalisation sans indemnités de ce monopole rapace dans la surexploitation, (cf. La lutte héroïque des ouvriers de Dacia en Roumanie contre leurs salaires de misère.)

 

Faillite usine Matussière. Saint-Girons  (Ariège).

Les salariés de l’usine Lédar du groupe papetier Matussière (recyclage), en riposte à la fermeture de leur entreprise, avaient monté un projet de coopérative ouvrière. Les 110 salariés occupent l’usine après que le tribunal a entériné la faillite de Matussière.

 

Bosch (Oise)

Là aussi, le capital casse l’emploi. En 2009, a été annoncée la fermeture du site de l’Oise, soit 240 licenciements.

La colère de ces salariés a éclaté quand s’est répandue la nouvelle que le site de Drancy recherchait 80 ingénieurs et techniciens. Ce groupe réalise 46 milliards d’euros de chiffre d’affaire. Nous soutenons la bataille pour l’emploi et le maintien du site  dans l’Oise. L’action commence …

 

Touche pas à ma poste !

L’annonce gouvernementale d’ouverture du capital de la Poste, sous prétexte de diversifier les ressources, suscite un émoi compréhensible dans le pays. La poste est l’un des services publics de proximité les plus populaires. Dans les zones rurales et les petites villes, il est un lien important pour les habitants et les activités économiques.

Le journal « Libération » a lancé une démarche visant à un référendum sur l’avenir de la poste.

Il faut à cet égard réunir 4,5 millions de signatures pour obtenir une consultation d’initiative populaire. Actuellement, on tourne à une centaine de milliers. Il n’est pas de petites luttes, nous pensons utile d’appuyer toute action visant à poser la question de la poste publique dans le pays.

Toutefois, on ne peut faire l’économie des luttes nécessaires des postiers pour leur statut, mais aussi contre la précarité croissante des emplois, la fermeture de milliers de bureaux de poste, la recherche systématique de la rentabilité financière dans le tri, l’ouverture du capital. La social-démocratie tente de se refaire une virginité, mais c’est le ministre Quilès qui a commencé le démantèlement que Sarkozy propose de parachever.

La grève du 23 septembre doit trouver son prolongement dans des actions continues visant à bloquer les activités financières du capital, dans une grève tournante à l’échelle du pays et continue.

Parallèlement, il faut que se créent des comités de défense de la poste rassemblant tous ses usagers populaires (les autres espèrent, avec la privatisation, piller une entreprise financée par l’argent public) sur le modèle des comités du Var.

Mouvements de grèves, actions multiformes des usagers, voici le combat qui peut faire reculer le pouvoir avant même le référendum et reconquérir (pas de statu-quo, c’est l’ambiguïté de l’appel de « Libération »)  un service régi non par la rentabilité financière, mais par la péréquation des  tarifs, la fin de la précarité, la hausse des salaires, le maintien de tous les bureaux de poste. C’est là un terrain glissant pour le pouvoir, occasion de lui infliger une défaite à la hauteur de la catastrophe que le capital et le gouvernement aggravent chaque jour.

 

URCF le 28 septembre 2008

 
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